Les plus anciennes traces humaines

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Aux origines de l’humanité · LA PRÉHISTOIRE


Déterminer l’âge exact de vestiges vieux de plusieurs centaines de milliers d’années pose un défi scientifique particulier : aucune archive écrite ne permet de dater directement ces traces. Les archéologues s’appuient donc sur des méthodes physiques et géologiques indirectes, appliquées aux sédiments et aux objets eux-mêmes, pour situer dans le temps des sites comme Lézignan-la-Cèbe ou Pont-de-Lavaud, parmi les plus anciens gisements connus en France.


🔬 Comment dater des vestiges vieux d’un million d’années

Le paléomagnétisme exploite une propriété des minéraux ferromagnétiques : lors du refroidissement d’une roche, ils enregistrent la direction du champ magnétique terrestre au moment de leur formation. Or ce champ s’inverse périodiquement au cours des temps géologiques — le pôle nord magnétique bascule vers le sud, et inversement. La limite la plus utile pour la préhistoire ancienne est celle séparant les périodes Matuyama et Brunhes, survenue il y a environ 780 000 ans : des vestiges retrouvés sous une couche de polarité inversée sont donc nécessairement antérieurs à cette date.

La résonance de spin électronique (RSE, ou ESR en anglais) complète cette approche sur une période plus large, de 20 000 ans à un million d’années. Cette méthode s’appuie sur le fait que certains cristaux — émail dentaire, quartz, calcite, stalagmites — piègent progressivement des électrons sous l’effet du rayonnement radioactif naturel présent dans leur environnement. Cette accumulation, remise à zéro par la chaleur ou l’exposition à la lumière au moment du dépôt, agit comme une horloge que les chercheurs peuvent ensuite « lire » en laboratoire. C’est cette méthode qui a notamment permis de dater Pont-de-Lavaud.


🏛️ Lézignan-la-Cèbe, un chantier fouillé depuis 2008

Le site du Bois-de-Riquet, sur la commune de Lézignan-la-Cèbe (Hérault), est fouillé chaque année depuis sa découverte en 2008, sous la direction de Laurence Bourguignon, chercheuse à l’INRAP et originaire de la commune, assistée notamment de L. De Weyer. Cette continuité, rare pour un site aussi ancien, a permis d’affiner année après année la compréhension du gisement.

Les campagnes successives ont confirmé la richesse exceptionnelle du site : les vingt-trois outils en quartzite et basalte retrouvés dans la même couche que plus de quatre cents restes fauniques en font l’un des rares gisements européens où industrie lithique et faune datable coexistent aussi clairement pour une période aussi reculée, comparable aux sites de Pirro Nord (Italie) et Kozarnika (Bulgarie). Sa datation combine plusieurs approches complémentaires : le paléomagnétisme, la biochronologie — fondée sur la comparaison avec des fossiles de lagomorphes déjà connus dans des couches géologiques équivalentes en Espagne — et la datation radiométrique d’une coulée basaltique sus-jacente, qui borne l’âge maximal du site à 1,57 million d’années.


🏞️ Pont-de-Lavaud, une stratigraphie complexe

Le site de Pont-de-Lavaud, sur la commune d’Éguzon-Chantôme (Indre), est repéré en 1982 lors de prospections menées dans le cadre du programme de recherche P.13, après avoir été mis au jour par des travaux routiers. Un relevé détaillé de la coupe visible est réalisé dès 1983, avant qu’une fouille limitée, poussée jusqu’au substratum rocheux, ne soit entreprise en 1984 sous la direction de Denis Vialou, avec Águeda Vilhena Vialou comme co-directrice.

Cette fouille révèle une stratigraphie inhabituellement complexe pour un site de cet âge : huit couches distinctes, réparties en trois séquences sédimentologiques, témoignant de plusieurs phases de dépôt successives. C’est dans ce contexte fluviatile complexe, daté par résonance de spin électronique à environ 1,1 million d’années, que l’industrie sur galets de quartz, fondée sur la technique bipolaire sur enclume, a pu être mise au jour et précisément replacée dans son contexte géologique.


🧠 À retenir

  • Sans archive écrite, les archéologues datent les sites très anciens grâce à des méthodes physiques : paléomagnétisme (inversions du champ terrestre, limite Matuyama-Brunhes à 780 000 ans) et résonance de spin électronique (20 000 ans à 1 million d’années)
  • Le site de Lézignan-la-Cèbe (Bois-de-Riquet) est fouillé sans interruption depuis 2008 sous la direction de Laurence Bourguignon (INRAP)
  • Pont-de-Lavaud, découvert en 1982 et fouillé par Denis et Águeda Vilhena Vialou, présente une stratigraphie de huit couches en trois séquences
  • Ces méthodes indirectes permettent de dater des vestiges vieux de plus d’un million d’années avec une précision suffisante pour reconstituer l’histoire du peuplement