La naissance du monde gaulois · L’ANTIQUITÉ
Le chapitre principal a présenté la découverte et la composition du trésor d’Auriol. Ce zoom en suit le devenir : comment un vase d’argile brisé, trouvé par hasard dans un champ, est devenu la pièce fondatrice de la numismatique provençale — et pourquoi ses 2 130 monnaies se trouvent aujourd’hui dispersées entre plusieurs continents.
Après la découverte du trésor par le cultivateur Aubert en février 1867, c’est l’abbé Bargès qui assure la publicité de la trouvaille par voie de presse locale, attirant rapidement l’attention des autorités et des érudits sur ce qui aurait pu rester une curiosité de champ oubliée. Le vase d’argile grise qui contenait les monnaies, aujourd’hui fragmentaire, est conservé au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye — le même musée déjà cité dans les chapitres précédents pour ses collections de l’âge du Bronze et du Fer.
Le trésor ne reste pas longtemps rassemblé. Le collectionneur Charvet en acquiert plus de la moitié pour le compte du sénateur et archéologue Félicien de Saulcy, tandis que le reste des monnaies se disperse au fil des ventes et des échanges savants entre le British Museum, plusieurs cabinets régionaux français, et des collections privées, notamment celles des numismates Blancard et de Clapiers. Cette dispersion, banale pour l’époque, complique aujourd’hui toute étude d’ensemble du trésor, qui doit se reconstituer à partir de catalogues et de publications éparses plutôt que d’un fonds unique conservé intact.
Au revers, les monnaies présentent un motif caractéristique en creux, dit « svastikoïde » ou « en ailes de moulin », typique du monnayage ionien archaïque — un détail technique qui permet aux numismates de les situer précisément dans la production monétaire du monde grec oriental de la fin du VIe siècle et du début du Ve siècle av. J.-C. Par son ampleur et son ancienneté, le trésor d’Auriol constitue le premier monnayage connu sur le territoire français, et le point de départ conventionnel de la numismatique provençale : toute étude ultérieure de la circulation monétaire archaïque dans le sud de la Gaule s’y réfère encore aujourd’hui.