L'âge d'or des Gaulois · L’ANTIQUITÉ
Le chapitre principal rappelle, en section II, que les Insubres descendent probablement de la culture de Golasecca, déjà installée dans la région des lacs subalpins dès le VIe siècle av. J.-C., plutôt que d’être arrivés avec la grande vague gauloise du début du IVe siècle. Ce zoom présente cette culture pour elle-même : qui étaient réellement ces populations, quelles traces matérielles ont-elles laissées, et comment leur monde a-t-il fini par se fondre dans celui, plus vaste, de la Gaule cisalpine ?
La culture de Golasecca doit son nom à des fouilles menées à partir de 1822 par l’abbé Giovanni Battista Giani, sur le territoire de la commune de Golasecca, dans l’actuelle province de Varèse. Giani interprète d’abord ses découvertes comme romaines ; il faut attendre l’archéologue Gabriel de Mortillet pour que ces vestiges soient correctement rattachés à une civilisation préromaine du premier âge du Fer, d’origine celtique. La chronologie en trois phases (Golasecca I, II, III), encore utilisée aujourd’hui, est établie par Alexandre Bertrand lors d’un congrès international tenu à Stockholm en 1874.
Cette culture occupe, entre environ -850 et -375, un territoire qui s’étend de la Lombardie au Piémont oriental, en passant par le Tessin suisse et l’ouest de la Vénétie — une zone charnière entre les Alpes et la plaine du Pô, traversée par les grands axes de circulation reliant le monde hallstattien au nord et le monde étrusco-italique au sud.
Les populations de Golasecca pratiquent la crémation : les cendres et ossements des défunts sont déposés dans des urnes en terre cuite, elles-mêmes enfouies dans des nécropoles à fosses organisées selon un espacement régulier — un système qui témoigne d’une société de petits villages dispersés, chacun associé à sa propre nécropole. Certaines sépultures d’élite, comme celles retrouvées à Sesto Calende, datées des VIIe et VIe siècles av. J.-C., contiennent des chars de type hallstattien, des armes et des parures, ainsi que de grandes situles — récipients de bronze au décor figuré caractéristique de cette culture.
L’art des situles, qui atteint son apogée durant la phase Golasecca II (VIe-Ve siècles av. J.-C.), mêle des motifs et des techniques d’origine étrusco-méditerranéenne à des traditions plus proprement celtiques et hallstattiennes — un syncrétisme qui reflète directement la position géographique de cette culture, au carrefour des influences venues du nord et du sud. Fait notable, les élites de Golasecca semblent avoir adopté une forme d’écriture dès la fin du VIIe siècle av. J.-C., empruntée et adaptée à partir de l’alphabet étrusque — l’une des attestations les plus précoces de l’usage de l’écrit chez des populations d’origine celtique.
La culture de Golasecca ne s’éteint pas brutalement : elle perd son autonomie propre à mesure que les nouvelles vagues gauloises — Insubres compris, selon l’hypothèse retenue dans le chapitre principal — s’intègrent au tissu déjà présent sur place, avant que l’installation plus large des Boïens, des Cénomans et des Sénons, à partir de -400, ne rattache définitivement l’ensemble de la région à ce que les sources antiques désigneront comme la Gaule cisalpine. Golasecca n’est donc pas tant remplacée que progressivement absorbée dans un ensemble culturel et politique plus vaste — une continuité qui explique en partie pourquoi les Insubres, à la différence des Boïens ou des Sénons, ne conservent aucune tribu-mère identifiable restée en Gaule elle-même.