La Gaule face à Rome · L’ANTIQUITÉ
Le chapitre principal évoque, en section I, le désastre d’Arausio (-105) et la victoire de Marius à Aquae Sextiae (-102) contre les Teutons. Ces deux épisodes ne sont que le cœur d’un conflit bien plus long, ouvert dès -113, qui manque de renverser la République romaine avant de se refermer par une réforme militaire aux conséquences durables — et qui éclaire, au passage, l’identité des Tigurins déjà croisés en section IV.
Les Cimbres et les Teutons, peuples originaires de la péninsule du Jutland, se mettent en mouvement vers -120, poussés selon la tradition antique par une inondation ayant submergé leurs terres. Leur migration les conduit d’abord au contact du monde celtique et romain en -113, à Norée, dans le Norique (actuelle Autriche) : le consul Gnaeus Papirius Carbo, après leur avoir d’abord proposé son amitié, tente de les prendre en embuscade ; le piège échoue et l’armée romaine est mise en déroute, sauvée d’un anéantissement total par un orage providentiel qui interrompt le combat. Le peuple gaulois des Tigurins, déjà croisé dans ce chapitre pour leur défaite de -107 face à César près de la Saône, appartient à cette même coalition migratoire : leur victoire sur le consul Cassius Longinus, qui contraint les survivants romains à passer sous le joug, s’inscrit dans cette longue errance commune aux Cimbres, aux Teutons et à leurs alliés gaulois.
Après le désastre d’Arausio (section I), Rome, prise de panique à l’idée d’une invasion de l’Italie elle-même, confie à Caius Marius un commandement exceptionnel, renouvelé plusieurs années de suite en violation des usages constitutionnels ordinaires. Marius profite de cette situation pour réformer en profondeur le recrutement de la légion : jusque-là réservée aux citoyens possédant un cens minimal, elle s’ouvre désormais aux prolétaires, ces citoyens sans propriété jusque-là écartés du service. Équipés et payés par l’État, ces nouveaux légionnaires forment la première armée véritablement professionnelle de Rome — une armée dont la fidélité, remarquent déjà certains contemporains, va davantage au général qui la solde et la commande qu’à la République elle-même. Cette réforme, dictée par l’urgence militaire de -107, portera des conséquences que nul n’anticipe alors : elle rendra possibles, une génération plus tard, les guerres civiles entre généraux ambitieux à la tête d’armées qui leur sont personnellement dévouées.
Une fois les Teutons anéantis à Aquae Sextiae — leur roi Teutobod capturé, vraisemblablement exhibé lors d’un triomphe à Rome avant d’y être rituellement exécuté —, Marius rejoint en Italie du Nord l’armée de son collègue Quintus Lutatius Catulus pour affronter les Cimbres. La bataille se déroule le 30 juillet -101 aux Champs Raudiens, près de Verceil : le roi cimbre Boiorix, qui aurait lui-même proposé à Marius le choix du lieu et de la date de l’affrontement, combat vaillamment au premier rang avant d’y trouver la mort. Les pertes cimbres, chiffrées par les sources antiques à plusieurs centaines de milliers de guerriers, doivent être accueillies avec la même prudence que d’autres décomptes de cette ampleur déjà rencontrés dans ce récit. La victoire de Verceil met fin à seize années d’errance et de terreur : Marius, déjà consul à cinq reprises consécutives, en ressort surnommé par certains « le troisième fondateur de Rome », après Romulus et Camille.