La révolte de Vercingétorix · L’ANTIQUITÉ
Le chapitre principal évoque, en section V, la reddition de Vercingétorix après l’échec de l’armée de secours à Alésia, tout en signalant que plusieurs détails précis de la scène restent débattus. Ce zoom revient sur l’écart entre l’image la plus célèbre de toute l’iconographie gauloise et ce que les sources antiques permettent réellement d’établir.
Au XIXe siècle, des peintres comme Lionel Royer immortalisent une scène théâtrale : Vercingétorix, sur un cheval blanc, toise César avec fierté avant de jeter ses armes à terre — l’image du « héros vaincu mais invaincu dans son âme ». Cette vision, popularisée après la défaite française de 1870 contre la Prusse, sert alors à redonner de la fierté nationale à travers la figure d’un ancêtre gaulois glorieux dans la défaite elle-même.
Les récits antiques — César lui-même, plus brièvement, puis Plutarque près d’un siècle et demi plus tard — divergent sensiblement de cette image. Vercingétorix se rend pour une raison que les deux auteurs s’accordent à reconnaître : épargner la vie de ses guerriers, à court de vivres et sans plus aucun espoir après la destruction de l’armée de secours. Le détail du cheval reste plausible, Vercingétorix étant un aristocrate, mais la mise en scène précise — le tour du camp, la descente de cheval, le silence, le geste des armes jetées avec superbe — provient presque exclusivement de Plutarque, dont le récit, écrit plusieurs générations après les faits, mérite la même prudence que d’autres reconstructions tardives déjà rencontrées dans ce projet.
Après la reddition, le contraste est net entre les captifs. Les guerriers éduens et arvernes sont épargnés pour des raisons politiques et renvoyés dans leurs peuples respectifs, César cherchant à ménager les deux peuples les plus puissants de Gaule pour l’après-guerre. Les autres prisonniers sont distribués comme esclaves aux soldats romains, à raison d’un captif par légionnaire. Vercingétorix, lui, ne bénéficie d’aucune clémence : enchaîné, il est envoyé à Rome, où il doit attendre plusieurs années avant de connaître son sort.
La défaite d’Alésia marque la fin de la Gaule politiquement indépendante, mais elle ouvre aussi la voie à la naissance d’une nouvelle civilisation, gallo-romaine, qui durera plusieurs siècles. Le tableau de Royer, exposé pour la première fois en 1899, ne raconte donc pas fidèlement l’événement de -52 : il raconte surtout ce que la France de la fin du XIXe siècle avait besoin d’y voir.