Vivre en Gaule romaine (0 à 100) · DE –50 À LA CHUTE DE ROME
Le chapitre principal évoque, en section IV, l’échec rapide du projet d’Imperium Galliarum mené par le Lingon Julius Sabinus en 70 apr. J.-C., écrasé par les Séquanes restés fidèles à Rome. Ce que le récit principal ne dit pas, c’est ce qu’il advient de Sabinus après sa défaite — un épilogue dont la durée et le dénouement en font l’un des épisodes les plus singuliers de la Gaule romaine.
Vaincu, Sabinus met le feu à sa propre demeure et fait courir le bruit de sa mort, espérant ainsi échapper à toute poursuite. En réalité, il se réfugie dans une cache aménagée à proximité — un souterrain selon Plutarque, un tombeau selon Dion Cassius, les deux versions antiques divergeant sur la nature exacte de cette retraite sans que l’on puisse aujourd’hui trancher entre elles. Seule son épouse, Éponine, connaît la vérité et organise en secret son ravitaillement, entretenant pendant des années la fiction de son veuvage aux yeux de tous, y compris d’une partie de sa propre famille.
Cette clandestinité dure neuf années, durant lesquelles Éponine rejoint régulièrement son mari dans sa cache et lui donne deux fils, nés et élevés dans le secret le plus total. Ce n’est qu’en 78 ou 79 apr. J.-C., sous le règne de Vespasien, que le couple est finalement découvert et conduit devant l’empereur. Éponine plaide alors pour la grâce de son mari, allant, selon Plutarque, jusqu’à demander à partager son sort plutôt que de lui survivre seule. Son plaidoyer émeut, selon Dion Cassius, l’empereur et l’assistance jusqu’aux larmes — mais sans obtenir la grâce espérée : Sabinus est exécuté, et Éponine, selon la tradition rapportée, autorisée à mourir avec lui. De leurs deux fils, l’un meurt en Égypte, l’autre, portant le même surnom que son père, serait passé plus tard par Delphes.