Vivre en Gaule romaine (0 à 100) · DE –50 À LA CHUTE DE ROME
Le chapitre principal présente, en section I, Arminius comme l’artisan du désastre de Teutobourg en 9 apr. J.-C. — un ancien officier auxiliaire romain, devenu citoyen romain de rang équestre, qui retourne sa connaissance de l’armée romaine contre Varus. Ce zoom suit la suite de sa trajectoire, jusqu’à sa propre fin, aussi brutale que méconnue.
Après Teutobourg, Arminius devient la figure dominante de la Germanie libre, au point de rivaliser avec Marobod, roi des Marcomans, seul chef germanique d’une stature comparable. Selon Tacite, cette rivalité tient aussi à leurs statuts opposés aux yeux des peuples germaniques : le titre royal de Marobod suscite la défiance de ses propres sujets, tandis qu’Arminius, qui se garde de revendiquer une telle couronne, est perçu comme le champion de la liberté germanique. Les deux hommes finissent par lever chacun leur armée l’un contre l’autre, sans qu’aucune victoire décisive ne vienne trancher durablement leur rivalité.
La guerre qui oppose Arminius à Rome traverse aussi sa propre famille. Son épouse Thusnelda est la fille de Segestes, chef chérusque resté fidèle à Rome et farouchement opposé à ce mariage. Au début de l’année 15 apr. J.-C., alors que Germanicus assiège la forteresse de Segestes pour le secourir d’Arminius, Thusnelda, enceinte, se retrouve entre les mains des Romains aux côtés de son père. Deux ans plus tard, en 17 apr. J.-C., elle est exhibée à Rome lors du triomphe célébré par Germanicus, sous le regard de son propre père, honoré comme allié de Rome — l’un des épisodes les plus cruels de ce conflit familial autant que militaire.
Privé de la victoire décisive qui aurait pu asseoir durablement son autorité, Arminius voit sa position se fragiliser au sein même de son peuple. En 21 apr. J.-C., il est assassiné par des rivaux chérusques, inquiets de le voir aspirer, selon certains récits antiques, à une forme de pouvoir royal que ses propres compatriotes ne lui pardonnent pas davantage qu’à Marobod. L’empereur Tibère, informé qu’un noble chatte proposait d’empoisonner Arminius, aurait refusé cette offre, déclarant que le peuple romain se venge de ses ennemis « ouvertement et par les armes, non par la trahison et en secret ». Tacite, dans sa Germanie, lui rend un hommage resté célèbre, le désignant comme « sans conteste le libérateur de la Germanie ».