
Environ –430 000 à –10 000 ans avant notre ère
Lorsque s’achève le chapitre précédent, une espèce nouvelle s’apprête à occuper le territoire français pour plusieurs centaines de milliers d’années : l’Homme de Néandertal. Son origine se situe pourtant hors de France, dans le gouffre espagnol de la Sima de los Huesos, où un assemblage exceptionnel de plus de sept mille ossements, daté à environ 430 000 ans, a livré la plus ancienne preuve génétique connue de cette lignée. Le nom même de l’espèce, lui, provient d’une découverte bien plus tardive : c’est en 1856, dans la vallée allemande du Neander, que ses restes sont reconnus pour la première fois comme appartenant à une humanité distincte de la nôtre.
Retracer cette très longue période — près de 420 000 ans, de l’arrivée de Néandertal jusqu’à la fin du Paléolithique supérieur — impose de conjuguer deux récits parallèles. Celui, d’abord, d’une humanité à part entière : des sépultures aménagées à la Chapelle-aux-Saints et à la Ferrassie, un régime alimentaire de grand chasseur confirmé par l’analyse isotopique d’ossements français, et une pensée symbolique dont l’existence continue de diviser les chercheurs. Celui, ensuite, d’une autre humanité venue plus tardivement occuper le même sol : Homo sapiens, dont la présence en France est aujourd’hui datée d’au moins 54 000 ans, bien avant qu’un site du Périgord, l’abri de Cro-Magnon, ne lui donne son nom populaire.
Loin d’un remplacement brutal, ces deux espèces se côtoient, s’observent et se croisent parfois : la génétique atteste aujourd’hui d’une hybridation réelle, avant que Néandertal ne s’éteigne, selon les datations les plus récentes, entre 44 200 et 40 600 ans — plusieurs milliers d’années plus tôt qu’on ne le pensait longtemps. Cette disparition, dont les causes exactes restent débattues, ouvre la voie à ce qui demeure l’un des sommets de la créativité humaine : l’explosion de l’art pariétal, incarnée en France par plusieurs sites d’exception, Chauvet, Cosquer et Lascaux.
Ce chapitre suit ainsi six grands moments : l’installation de Néandertal en Europe et sa rupture technique avec les industries antérieures ; les preuves archéologiques d’une vie sociale et spirituelle élaborée ; l’arrivée de Cro-Magnon et la coexistence des deux humanités ; la disparition de Néandertal et les hypothèses qui l’entourent ; la naissance de l’art pariétal ; et enfin les innovations techniques — aiguille à chas, propulseur, parure — qui transforment le quotidien du Paléolithique supérieur.
Cette période façonne, plus qu’aucune autre peut-être, l’image que l’on se fait de la Préhistoire : celle d’une humanité plurielle, capable de deuil, de création et d’innovation technique, bien avant l’invention de l’agriculture qui ouvrira le chapitre suivant.
En Espagne, dans le gouffre de la Sima de los Huesos, sur le site d’Atapuerca, une couche stratigraphique datée à environ 430 000 ans a livré plus de sept mille ossements humains fossilisés, représentant un minimum de vingt-huit à trente-deux individus — le plus vaste assemblage de fossiles humains du Pléistocène moyen connu au monde. Longtemps rattachés à Homo heidelbergensis, ces restes ont fait l’objet d’un séquençage d’ADN mitochondrial puis nucléaire qui a confirmé leur appartenance à la lignée néandertalienne la plus ancienne connue — la Sima de los Huesos demeure à ce jour le seul site hors permafrost permettant l’étude d’un ADN humain aussi ancien. C’est donc en Espagne, et non en France, que se situe la source la mieux documentée de cette nouvelle humanité, qui allait bientôt gagner l’ensemble du continent européen.
Le nom même de cette espèce provient d’une découverte bien postérieure. En août 1856, dans la grotte de la Kleine Feldhofer, au creux de la vallée du Neander, près de Düsseldorf, en Allemagne, des ouvriers exploitant une carrière de calcaire mettent au jour une calotte crânienne et plusieurs os de membres. Les restes sont recueillis par l’instituteur Johann Carl Fuhlrott, qui les soumet à l’anatomiste Hermann Schaaffhausen, de l’université de Bonn. Les deux hommes présentent leur interprétation devant une société savante de Bonn le 2 juin 1857, avant que Schaaffhausen ne publie ses conclusions en 1858 : pour la première fois, un fossile humain est reconnu comme appartenant à une espèce distincte de l’homme moderne.
Légende : Calotte crânienne, type de l’espèce Homo neanderthalensis, vallée de Néander — Eunostos, CC BY-SA 4.0
Cette bascule biologique s’accompagne d’une rupture technique tout aussi nette. En Ardèche, le site d’Orgnac 3, occupé entre environ 312 000 et 265 000 ans par des populations encore attribuées à Homo heidelbergensis, figure parmi les plus anciens gisements à avoir livré une industrie fondée sur le débitage Levallois : une méthode consistant à préparer soigneusement un nucléus à deux surfaces convexes afin d’en détacher des éclats aux formes prédéterminées. Apparue en Afrique de l’Est il y a plus de 400 000 ans avant de se diffuser à travers l’Eurasie, cette technique deviendra la signature du Moustérien, l’industrie associée à Néandertal. En 1986, l’archéologue Éric Boëda démontre que la description initiale qu’en avait donnée François Bordes ne constituait qu’une variante parmi plusieurs, au sein d’un « concept Levallois » plus large regroupant différentes méthodes de débitage préférentiel et récurrent.
Les premiers fossiles néandertaliens formellement attestés sur le territoire français proviennent de Biache-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais. Un premier crâne, probablement celui d’une femme, y est découvert le 5 mai 1976 par le fouilleur bénévole F. Carré ; les fragments d’un second crâne, masculin celui-là, suivent le 8 novembre 1986. Datés entre 240 000 et 175 000 ans, ces vestiges constituent les plus anciens fossiles humains connus dans le nord de la France, et marquent l’entrée de Néandertal, en tant qu’espèce identifiable, dans le récit archéologique national.
Cette nouvelle humanité présente une morphologie nettement adaptée aux climats froids qui dominent alors l’Europe : un corps trapu, un tronc large, des membres raccourcis, conformes aux principes de thermorégulation qui gouvernent l’anatomie des mammifères en milieu froid. Une hypothèse plus ancienne attribuait aussi au nez néandertalien, aux fosses nasales particulièrement développées, un rôle dans le réchauffement et l’humidification de l’air inspiré, en lien avec les besoins énergétiques élevés d’un chasseur au corps massif. Cette interprétation a toutefois été récemment remise en question par l’étude de l’Homme d’Altamura, en Italie, dont la cavité nasale ne présente aucun signe d’une telle adaptation — suggérant que la morphologie faciale si caractéristique de Néandertal résulte d’une combinaison de facteurs plus complexe qu’une simple réponse au froid.
En Corrèze, dans la grotte de la Bouffia Bonneval, au creux de la vallée de la Sourdoire, le fossile d’un Néandertalien est exhumé le 3 août 1908 par les abbés Amédée et Jean Bouyssonie, leur frère Paul, et Louis Bardon. Surnommé « le Vieillard », cet individu, âgé de 50 à 60 ans, avait perdu la plupart de ses dents et souffrait de résorption osseuse — un âge remarquablement avancé pour l’espèce. Son squelette reposait dans une fosse peu profonde, les jambes repliées, la tête tournée vers l’ouest : ces observations ont permis d’établir, pour la première fois, la preuve d’une inhumation volontaire chez Néandertal, daté à environ 45 000 ans. Cette découverte a durablement modifié l’image d’un Néandertal fruste et sans vie intérieure.
Légende : Crâne et mandibule de l’homme de La Chapelle-aux-Saints, Muséum national d’histoire naturelle — Eunostos, CC BY-SA 4.0
En Dordogne, l’abri de La Ferrassie, découvert fortuitement en 1895 lors de travaux routiers, est fouillé de 1909 à 1929 par Denis Peyrony, instituteur au village des Eyzies, et le docteur Louis Capitan. Le site livre huit squelettes néandertaliens — une femme, un homme, plusieurs enfants, un nouveau-né et un fœtus —, ce qui en fait une véritable nécropole familiale. En 1920, les deux fouilleurs mettent au jour les restes d’un fœtus d’environ sept mois, associés à des outils, un racloir et une pointe ; l’année suivante, une sixième sépulture révèle le squelette d’un enfant de trois ans. Une datation directe récente de l’un de ces squelettes, La Ferrassie 8, obtenue par datation au carbone 14 et confirmée par l’ADN mitochondrial, situe cet individu entre 41 700 et 40 800 ans — l’une des dates les plus tardives jamais établies pour l’espèce en France.
Les analyses isotopiques menées sur des ossements néandertaliens français dessinent le portrait d’un chasseur redoutable, situé au sommet de la chaîne alimentaire. À Marillac (Les Pradelles, Charente), les premières études du rapport carbone/azote du collagène, menées notamment par Hervé Bocherens, révèlent des signatures isotopiques comparables à celles des grands carnivores. À Saint-Césaire (Charente-Maritime), un squelette daté entre 40 000 et 30 000 ans confirme un régime alimentaire dominé par la viande de grands herbivores, proche de celui des loups contemporains. À l’échelle du continent, le régime néandertalien est ainsi estimé à environ 80 % de viande — mammouth, rhinocéros — pour seulement 20 % de végétaux, une alimentation rendue possible par l’usage d’armes de chasse à pointe.
La question de la pensée symbolique chez Néandertal reste, elle, disputée. À Krapina, en Croatie, des griffes d’aigle façonnées pour être montées en bracelet ou en collier ont été datées d’environ 130 000 ans — bien avant l’arrivée de Homo sapiens dans la région, ce qui exclut toute confusion avec une autre espèce. D’autres indices, pigments rouges et noirs, plumes, coquillages perforés et teintés, viennent étayer l’idée d’un comportement symbolique développé. Mais le débat n’est pas clos : la fiabilité de certaines datations et l’intentionnalité réelle de certains gestes continuent de diviser les chercheurs, une minorité d’entre eux préférant attribuer ces objets à des humains modernes plutôt qu’à Néandertal lui-même.
En France même, la chronologie de cette arrivée a été bouleversée par une découverte récente. Dans la grotte Mandrin, à Malataverne, dans la Drôme, des fouilles menées depuis le début des années 2000 par Ludovic Slimak ont mis au jour neuf dents humaines réparties dans la plupart des niveaux archéologiques du site. Une étude publiée en février 2022 a révélé qu’elles appartenaient à une industrie originale, baptisée le Néronien, attribuée à un Homo sapiens archaïque dont les seules parentés culturelles connues se situent au Liban, sur le site de Ksar Akil. Daté à environ 54 000 ans, ce Néronien apparaît directement encadré par des occupations néandertaliennes de la même ancienneté : la grotte Mandrin ne montre donc pas un simple remplacement d’une espèce par une autre, mais une occupation alternée du même lieu par les deux humanités — une arrivée de Homo sapiens en Europe reculée d’environ dix mille ans par rapport aux estimations précédentes.
C’est pourtant un autre site, plus tardif, qui a donné son nom à cette nouvelle humanité. En mars 1868, des travaux routiers menés près du village des Eyzies, en Dordogne, mettent au jour les restes de cinq squelettes humains, dans ce qui deviendra l’abri de Cro-Magnon. Louis Lartet, mandaté par le ministère de l’Instruction publique, dirige les fouilles et présente officiellement la découverte le 16 avril 1868. Les squelettes, associés à des coquillages marins perforés utilisés comme parures et à de nombreux silex taillés, sont répartis sur plusieurs niveaux attribués à l’Aurignacien, aujourd’hui daté entre 33 000 et 26 000 ans. Il s’agit de la toute première découverte d’hommes anatomiquement modernes en contexte préhistorique — un événement fondateur qui donnera son nom, « l’homme de Cro-Magnon », à Homo sapiens dans le langage courant.
Légende : Crâne de Cro-Magnon 1, moulage, Musée de l’Homme — CC BY-SA 3.0 / GFDL
Pendant plusieurs millénaires, Cro-Magnon et Néandertal partagent ainsi le territoire européen, et la génétique a fini par en apporter une preuve directe. En Roumanie, la mâchoire humaine découverte dans la grotte de Peștera cu Oase — l’individu dit Oase 1 — a livré, une fois son génome séquencé, un résultat spectaculaire : entre 6 et 9 % d’ADN néandertalien, soit bien plus que les 2 à 4 % présents chez les Européens actuels, ce qui implique un ancêtre néandertalien direct seulement quatre à six générations plus tôt. Ce résultat s’inscrit dans les travaux du généticien suédois Svante Pääbo, qui dirige en 2010 le séquençage d’une part significative du génome néandertalien, avant de recevoir pour l’ensemble de son œuvre le prix Nobel de physiologie ou médecine 2022. Ses recherches ont définitivement établi que les humains modernes actuels portent une petite proportion d’ADN hérité de Néandertal — et des Dénisoviens, découverts par la suite en Asie —, acquise par hybridation au moment même où Homo sapiens étendait sa présence à travers l’Eurasie.
Longtemps située vers -30 000, la disparition de Néandertal a été considérablement avancée dans le temps par une reprise méthodique des datations. L’archéologue Thomas Higham, de l’université d’Oxford, a dirigé une nouvelle analyse de fragments d’os néandertaliens provenant des principaux sites européens, en appliquant une technique d’ultrafiltration du collagène destinée à éliminer la contamination par des particules modernes qui faussait les mesures au carbone 14 antérieures. Ses résultats, publiés en 2014, situent la disparition de l’espèce dans le nord-ouest de l’Europe entre 44 200 et 40 600 ans, soit jusqu’à huit mille ans plus tôt que ce qu’on pensait jusque-là. Cette redatation conforte l’hypothèse d’une compétition économique directe avec Homo sapiens, défendue notamment par Chris Stringer, du Natural History Museum de Londres : les deux espèces chassaient le même gibier, cueillaient les mêmes plantes et recherchaient les mêmes abris, ce qui aurait placé Néandertal dans une position durablement défavorable.
Une autre hypothèse, complémentaire ou concurrente, invoque un facteur environnemental brutal : l’éruption du Campanian Ignimbrite, survenue dans les Champs Phlégréens, en Italie, il y a environ 39 300 ans — la plus violente qu’ait connue l’Europe au cours des deux cent mille dernières années. Coïncidant avec le début d’un épisode climatique très froid, l’événement Heinrich 4, cette éruption aurait provoqué un hiver volcanique abaissant les températures de plusieurs degrés en Europe de l’Est et en Asie du Nord. Plusieurs études soulignent toutefois que cet effet, bien que réel, semble avoir épargné les principaux foyers de population néandertalienne d’Europe occidentale, et ne suffit probablement pas, à lui seul, à expliquer la disparition complète de l’espèce.
Pour la France et le nord de l’Espagne spécifiquement, des modèles d’estimation statistique évaluent la durée du chevauchement entre les deux humanités, avant la disparition définitive de Néandertal sur ce territoire, à seulement 1 400 à 2 900 ans — une fenêtre de coexistence brève à l’échelle du temps préhistorique, mais suffisante, comme le suggèrent les indices déjà réunis en Roumanie avec Oase 1, pour permettre des contacts et des métissages ponctuels.
L’un des derniers foyers culturels attribués à Néandertal en France se situe à la Grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, dans l’Yonne. Ses niveaux châtelperroniens livrent des restes néandertaliens associés à de nombreuses parures personnelles, des outils en os décorés et des colorants — un ensemble longtemps interprété comme la preuve d’une acculturation de Néandertal au contact de Homo sapiens. Cette lecture est aujourd’hui contestée : plusieurs analyses stratigraphiques jugent l’hypothèse d’un mélange accidentel avec les niveaux protoaurignaciens sus-jacents tout aussi plausible, sans qu’aucun consensus ne se soit encore imposé. Cette incertitude, comme les autres débats déjà rencontrés dans ce chapitre, illustre la difficulté à trancher entre plusieurs interprétations concurrentes d’un même ensemble de vestiges.
🔍 Zoom – Le mystère de la disparition de Néandertal
Le 18 décembre 1994, trois spéléologues amateurs, Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire, découvrent à Vallon-Pont-d’Arc, en Ardèche, une cavité qui allait livrer le plus ancien chef-d’œuvre pariétal connu à ce jour : la grotte Chauvet. Plus d’un millier de dessins et gravures, exceptionnellement conservés, y sont recensés. Une controverse scientifique de quinze ans sur l’âge exact du site a finalement été tranchée par une équipe pluridisciplinaire dirigée par Anita Quiles, de l’Institut français d’archéologie orientale, dont les travaux, publiés dans la revue PNAS, ont établi pour la première fois un cadre chronologique aussi précis, exprimé en années calendaires, pour un site orné. Deux phases de fréquentation s’y distinguent : une première, aurignacienne, entre 37 000 et 33 500 ans, puis une seconde, gravettienne, débutant il y a 31 000 ans et s’achevant il y a 29 400 ans, lorsqu’un éboulement en obture définitivement l’entrée — scellant la grotte et préservant son contenu jusqu’à sa redécouverte.
Ce qui distingue Chauvet de la plupart des autres sanctuaires ornés, c’est le choix de ses sujets. Là où l’art pariétal plus tardif se concentre presque exclusivement sur les grands herbivores — chevaux, aurochs, cerfs —, les parois de Chauvet représentent massivement des prédateurs : lions des cavernes, rhinocéros laineux, ours, mammouths, aux côtés de chevaux traités avec un réalisme et une maîtrise du mouvement remarquables pour une période aussi reculée. Cette œuvre précède Lascaux de dix à quinze mille ans, ce qui a durablement bouleversé l’idée d’une évolution linéaire et progressive de l’art préhistorique, du plus fruste au plus abouti.
Légende : Peintures de la grotte Chauvet, réplique, musée Anthropos (Brno) — HTO, domaine public
Un troisième site français mérite une place à part : la grotte Cosquer, dans les calanques de Marseille. Explorée dès le milieu des années 1980 par le plongeur Henri Cosquer, elle n’est déclarée officiellement qu’en 1991, après la mort de trois plongeurs dans le boyau qui en marque l’accès. Il s’agit de la seule grotte ornée au monde dont l’entrée s’ouvre sous la mer, à 37 mètres de profondeur — une position qui explique à la fois sa découverte tardive et l’exceptionnel état de conservation de ses vestiges. Deux phases de fréquentation y sont distinguées : une première, entre 33 000 et 29 000 ans, marquée par soixante-cinq mains négatives — quarante-quatre noires, vingt et une rouges — réalisées au pochoir en soufflant du colorant sur la main appliquée à la paroi ; une seconde, il y a environ 19 000 ans, apportant gravures et peintures animalières supplémentaires.
Légende : Main négative de la grotte Cosquer, Musée d’Archéologie nationale — SiefkinDR, CC BY-SA 3.0 / GFDL
À Montignac, en Dordogne, la grotte de Lascaux est découverte plus tardivement, le 8 septembre 1940, lorsque le chien d’un jeune homme, Marcel Ravidat, s’engouffre dans un passage souterrain ; ce dernier y retourne le 12 septembre avec trois camarades, Jacques Marsal, Georges Agnel et Simon Coencas. Fermée au public dès 1963 pour la préserver d’une dégradation causée par la sur-fréquentation — prolifération d’algues et de dépôts calcaires liés au dioxyde de carbone, à l’humidité et à l’éclairage artificiel —, la grotte fait l’objet d’un zoom dédié, tant sa richesse iconographique mérite un développement à part entière.
🔍 Zoom – Lascaux, un chef-d’œuvre mondial
Loin d’être une simple décoration, cet art pariétal traduit une pensée symbolique pleinement constituée : il met en scène la relation entre l’humain et le monde animal, participe probablement à la transmission de croyances et de savoirs, et suppose une organisation sociale capable de consacrer un temps et des ressources considérables à des activités sans fonction de survie immédiate. Cette explosion créative, dont la France conserve trois des témoignages les plus exceptionnels au monde, marque l’entrée du Paléolithique supérieur dans sa phase la plus riche.
Le vêtement ajusté fait son apparition à la toute fin du Solutréen, il y a environ 20 000 ans, avec la généralisation de l’aiguille à chas. Un exemple emblématique provient de l’abri de la Chaire-à-Calvin, à Mouthiers-sur-Boëme, en Charente. Façonnées en os selon la technique du double rainurage — deux sillons parallèles creusés dans un os long permettant d’en extraire une fine baguette —, ces aiguilles sont appointées à une extrémité et délicatement percées à l’autre pour former le chas. Bien qu’apparu dès la fin du Solutréen, cet outil ne se généralise véritablement qu’au Magdalénien, période durant laquelle il permet la confection de vêtements cousus et ajustés, mieux adaptés aux rigueurs du climat que les simples peaux drapées des périodes antérieures.
La chasse elle-même bénéficie d’une innovation majeure avec le propulseur, un bras de levier qui démultiplie la portée et la puissance du jet de sagaie. Le plus célèbre exemplaire français, dit du « faon aux oiseaux », est découvert en 1940 par Saint-Just Péquart dans la grotte du Mas d’Azil, en Ariège. Daté du Magdalénien supérieur, il y a environ 13 000 ans, cet objet de 29,5 centimètres, sculpté dans du bois de renne, représente un faon tournant la tête vers deux oiseaux perchés — une pièce d’une grâce et d’une finesse remarquables, véritable chef-d’œuvre de l’art mobilier paléolithique. Une pièce presque identique, retrouvée dans la grotte de Bedeilhac, suggère la circulation de modèles ou de savoir-faire communs entre groupes voisins.
L’art mobilier se manifeste aussi dans la représentation de la figure humaine. En 1894, l’archéologue Édouard Piette met au jour, à l’entrée de la grotte du Pape, à Brassempouy, dans les Landes, une petite tête sculptée dans l’ivoire de mammouth, haute de seulement 3,65 centimètres et connue sous le nom de « Dame de Brassempouy ». Datée du Gravettien, entre 22 000 et 25 000 ans, elle constitue l’une des plus anciennes représentations réalistes du visage humain jamais retrouvées.
Légende : Dame de Brassempouy, ivoire de mammouth, Musée d’archéologie nationale — Jean-Gilles Berizzi, domaine public
Ces innovations techniques accompagnent une transformation profonde de l’habitat : les campements se structurent, distinguant zones de repos, de travail et d’activités collectives, signe d’une société mieux coordonnée.
🔍 Zoom – La vie quotidienne dans un campement de tentes