Gyptis et Protis : la postérité d'un mythe fondateur

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Marseille et les Phocéens · L’ANTIQUITÉ


Le chapitre principal a déjà montré combien le récit de la fondation de Marseille varie selon ses sources antiques — Aristote d’un côté, Trogue Pompée et Justin de l’autre. Ce zoom ne revient pas sur ces deux versions : il suit plutôt le mythe au-delà de l’Antiquité, jusque dans l’art du XIXe siècle, où il connaît une seconde vie éclatante.


🖼️ Puvis de Chavannes et la fresque de Longchamp

En 1867, l’État commande au peintre Pierre Puvis de Chavannes une série de décors monumentaux pour le nouveau musée des Beaux-Arts de Marseille, alors en construction au Palais Longchamp. Puvis y peint notamment, en 1869, une toile intitulée Marseille, colonie grecque, mesurant 5,65 mètres de large sur 4,23 mètres de haut. La composition fige le moment précis du récit légendaire : la flotte grecque de Protis entre dans la calanque du Lacydon — à l’emplacement de l’actuel Vieux-Port — au moment même où Nannus, roi des Ségobriges, célèbre le mariage de sa fille Gyptis ; celle-ci, en lui tendant la coupe, désigne Protis comme son époux aux yeux de tous.

Cette œuvre, encore visible au musée des Beaux-Arts de Marseille, a contribué plus qu’aucune autre à fixer dans l’imaginaire collectif l’image d’une rencontre pacifique et quasi providentielle entre Grecs et populations locales — une lecture optimiste du IXe siècle, portée par l’esprit de la Troisième République, qui laisse de côté les tensions bien réelles (la tentative de reconquête ligure sous Comannus, déjà évoquée dans le chapitre principal) que les sources antiques elles-mêmes rapportaient pourtant.


🎉 Le 26e centenaire, une fondation toujours célébrée

Ce mythe fondateur n’appartient pas qu’aux livres et aux musées : il continue d’irriguer l’identité civique de Marseille jusqu’à aujourd’hui. En 1999, la ville célèbre officiellement le 26e centenaire de sa fondation par une série de manifestations étalées sur l’année : concerts, visites guidées, colloques scientifiques — dont un colloque international sur les cultes des cités phocéennes organisé par le Centre Camille-Jullian —, et surtout un grand défilé nommé « Massalia », le 19 juin 1999, qui rassemble l’ensemble des quartiers et communautés de la ville autour d’une parade navale évoquant l’âge d’or commercial de la cité antique. Le musée d’Histoire de Marseille consacre à cette occasion une exposition, Parcours de villes, présentée à la Vieille Charité de novembre 1999 à janvier 2000. La ville en garde une trace durable dans son paysage urbain : le parc du 26e Centenaire, aménagé entre 1999 et 2001 dans le 10e arrondissement sur d’anciennes friches ferroviaires, perpétue matériellement le souvenir de cet anniversaire.


🧠 À retenir

  • Le mythe de Gyptis et Protis ne s’arrête pas à l’Antiquité : il connaît une seconde vie artistique majeure au XIXe siècle.
  • La fresque Marseille, colonie grecque de Puvis de Chavannes (1869, Palais Longchamp) en reste la représentation la plus célèbre.
  • Cette image d’une fondation pacifique, popularisée par la peinture, tend à effacer les tensions que les sources antiques elles-mêmes rapportaient.
  • En 1999, Marseille a célébré le 26e centenaire de sa fondation par un grand défilé « Massalia » et de nombreuses manifestations, laissant une trace durable dans la ville (parc du 26e Centenaire).