Marseille et les Phocéens · L’ANTIQUITÉ
Le chapitre principal a présenté le voyage de Pythéas et ses observations scientifiques. Ce zoom s’attarde sur un point que Pythéas laisse en suspens depuis plus de 2 300 ans : la localisation exacte de Thulé, cette terre mystérieuse qu’il situe à six jours de navigation au nord de l’Écosse, et qui n’a jamais cessé de fasciner géographes et historiens.
Le géographe Ptolémée, au IIe siècle de notre ère, place Thulé à la latitude des îles Shetland, contribuant à ancrer durablement cette identification dans la géographie antique. Le Moyen Âge brouille cependant les pistes : une fois les Vikings révélé l’existence de l’Islande, les deux terres — Shetland et Islande — sont fréquemment confondues sous le même nom de Thulé par des auteurs comme Adam de Brême ou Saxo Grammaticus, à l’exception de certaines sources anglaises, telle la carte dite cottonienne, qui prennent soin de les distinguer.
Les historiens et géographes modernes n’ont jamais tranché définitivement la question, et plusieurs candidats restent en lice. L’Islande reste une hypothèse répandue, en cohérence avec la tradition médiévale. D’autres proposent les îles Féroé ou l’île estonienne de Saaremaa. Une théorie assez largement reprise identifie Thulé à un point de la côte norvégienne, certains chercheurs récents avançant même le nom précis de l’île de Smøla, à l’ouest de la Norvège. Une hypothèse plus radicale, défendue par le chercheur Lucio Russo, propose de situer Thulé jusqu’au Groenland, en partant de l’idée que la Géographie de Ptolémée contiendrait une erreur systématique de longitude qu’il faudrait corriger.
Cette incertitude persistante n’est pas un échec de la recherche historique, mais le symptôme d’un texte fondateur perdu : faute de disposer de l’ouvrage original de Pythéas, Sur l’Océan, les historiens ne travaillent que sur des citations et résumés fragmentaires transmis par des auteurs postérieurs, eux-mêmes parfois en désaccord entre eux sur les distances et les caps rapportés.