Louis XII : [titre à compléter selon la suite du chapitre] (1498–1515) · LA RENAISSANCE
Après le succès net de Milan, on aurait pu croire Louis XII lancé sur une lancée irrésistible. Naples va lui prouver le contraire : ce qui commence comme un partage habile entre deux couronnes se termine, trois ans plus tard, par un désastre militaire complet.
Tout part d’un accord signé le 11 novembre 1500 : le traité de Grenade, entre Louis XII et Ferdinand d’Aragon. L’idée est simple, presque cynique — se partager le royaume de Naples plutôt que de se le disputer. La France prendrait Naples, la Terre de Labour et les Abruzzes ; l’Aragon récupérerait les Pouilles et la Calabre. Venise et le pape, eux, resteraient neutres.
Chacun y trouve son compte. Louis XII veut compléter sa domination italienne, déjà bien entamée avec Milan. Ferdinand, lui, poursuit un objectif plus personnel : éliminer la branche napolitaine de sa propre famille aragonaise. Et le roi Frédéric Ier de Naples, affaibli, offre une cible facile aux deux ambitions réunies.
Sur le terrain, ça va vite. Trente mille Français sous d’Aubigny, vingt mille Aragonais sous Gonzalve de Cordoue : face à cette double offensive, Frédéric Ier capitule sans même livrer combat. Naples tombe dès juillet 1501.
Reste à se partager le gâteau. La zone française couvre le nord du royaume — Naples, Capoue ; la zone aragonaise, le sud — Pouilles, Calabre. La ligne de démarcation suit le fleuve Liri. Sur le papier, c’est net. Sur le terrain, ça l’est beaucoup moins : la frontière reste imprécise, et les tensions ne tardent pas.
On le voit venir dès le départ : une zone tampon mal définie, des commandants ambitieux des deux côtés, une méfiance réciproque jamais vraiment dissipée. Ajoutez à cela les grands équilibres européens qui pèsent en arrière-plan, et l’alliance ne tient plus qu’à un fil.
Le fil casse en juillet 1502, avec les premiers incidents frontaliers. En août, l’alliance est rompue officiellement. En septembre, les hostilités commencent pour de bon.
À Seminara, le 21 avril 1503, les Français de d’Aubigny remportent une victoire — mineure, mais qui stabilise un temps le front. Une semaine plus tard, à Cérignole, le 28 avril, tout bascule : face à Gonzalve de Cordoue, le duc de Nemours subit une défaite décisive. On retient souvent cette bataille comme la première remportée grâce aux armes à feu — un tournant tactique qui coûte aux Français la Pouille.
Le coup de grâce vient du Garigliano, le 29 décembre 1503. Quinze mille Français commandés par Louis II de Saluces affrontent vingt mille Aragonais de Gonzalve de Cordoue. La défaite est catastrophique — et avec elle, c’est toute l’Italie du Sud qui échappe désormais à la France.
La suite n’est qu’un long repli. Naples est abandonnée en janvier 1504. La retraite vers le nord s’organise en février. Les troupes rentrent en France en mars. Le bilan : dix mille morts, des prisonniers, du matériel perdu — une saignée pour l’armée française.
Deux traités viennent acter cet échec. Le traité de Blois, signé le 22 septembre 1504, prévoit le mariage de Claude de France, née en 1499, avec Charles de Habsbourg (le futur Charles Quint), né en 1500 — et celui de sa nièce Germaine de Foix avec Ferdinand II d’Aragon, à qui Louis XII cède ses droits sur Naples. Ce traité ne survivra pas longtemps : les états généraux de Tours de 1506 obtiendront son annulation et imposeront à la place le mariage de Claude avec François d’Angoulême, futur François Ier.
Le traité de Lyon, signé le 31 janvier 1504, règle le reste : la France abandonne toute prétention sur Naples, Ferdinand reconnaît en retour la possession française de Milan, les prisonniers sont échangés, et une paix de trois ans est actée.
Sur le plan militaire, tout jouait contre la France : un adversaire, Gonzalve de Cordoue, qui se révèle un tacticien redoutable ; un ravitaillement difficile sur un terrain lointain ; un climat éprouvant, entre maladies et chaleur ; et des commandants français qui, il faut bien le dire, ne coordonnaient pas toujours leurs efforts.
Sur le plan politique, le constat n’est pas plus flatteur : une alliance fragile dès le départ, une population locale plutôt favorable aux Aragonais, un isolement diplomatique total en Italie du Sud, et un roi dont l’attention restait tournée vers le nord, vers Milan, davantage que vers Naples. Autant de raisons qui expliquent pourquoi cette conquête, si prometteuse en 1501, s’achève en fiasco trois ans plus tard.
Prochain zoom : Les états généraux de Tours et le titre de « Père du Peuple ».