Louis XII : [titre à compléter selon la suite du chapitre] (1498–1515) · LA RENAISSANCE
Dix-sept ans de règne s’achèvent en une nuit. Le 1er janvier 1515, Louis XII meurt à Paris, et avec lui se referme une page entière de l’histoire de France — celle d’un roi qu’on a surnommé « Père du peuple », et qui laisse place, presque sans transition, à l’un des règnes les plus flamboyants de la monarchie française.
Les signes de faiblesse apparaissent dès l’été 1514. Ils s’aggravent nettement après le mariage avec Marie d’Angleterre en octobre, et en décembre, le roi ne quitte plus son lit. Le tableau clinique n’a rien de mystérieux pour l’époque : la goutte, maladie héréditaire bien connue chez les Valois, des hémorragies intestinales à répétition qui avaient déjà menacé sa vie à plusieurs reprises, et un épuisement général — celui d’un homme de 52 ans, usé par dix-sept années de guerres et de soucis d’État.
Reste une rumeur qu’il faut mentionner, ne serait-ce que pour la démonter : on a longtemps prêté cette faiblesse finale aux « efforts » du roi pour concevoir un héritier avec sa jeune épouse. C’est là moins un fait médical qu’une explication colportée après coup — nous y reviendrons.
Louis XII meurt à l’hôtel des Tournelles, à Paris — un lieu chargé de sens, à deux pas de l’hôtel Saint-Pol où était né son propre père, Charles d’Orléans, et où avaient vu le jour d’autres de ses ascendants sur le trône.
Le déroulement des derniers jours est bien documenté. Le 31 décembre, le roi fait une dernière apparition publique. Dans la nuit, son état s’aggrave soudainement. Le 1er janvier à cinq heures du matin, il perd conscience ; à huit heures, il meurt, entouré de sa famille. Il aura régné presque dix-sept ans, de 1498 à 1515.
Avant de s’éteindre, il reconnaît François d’Angoulême comme son héritier, demande des funérailles simples — cohérentes avec l’image qu’il a cultivée toute sa vie —, prend des dispositions pour sa veuve Marie d’Angleterre, et recommande, en dernier message, la paix et la justice.
Il faut s’arrêter un instant sur les rumeurs qui circulent alors : les partisans de François Ier, pressés de légitimer la succession, font courir des bruits sur la sénilité et l’impuissance du roi défunt, prétendant qu’il se serait littéralement épuisé au lit à force de vouloir un fils. Rien de tout cela ne résiste à l’examen historique : Louis XII meurt de causes parfaitement naturelles, à un âge qui n’a rien d’exceptionnel pour l’époque. Mais la rumeur, elle, a survécu — un bel exemple de la manière dont une propagande politique peut s’incruster durablement dans le récit historique.
Les obsèques ont lieu le 15 janvier 1515 à la basilique Saint-Denis, avec une sobriété relative pour un roi — encore un trait cohérent avec l’image qu’il avait construite. Le cortège, parti de l’hôtel des Tournelles, rassemble deux mille personnes sur le trajet jusqu’à Saint-Denis, où une messe solennelle précède l’inhumation.
Le tombeau, dans la nécropole royale, reste lui aussi modeste — à la mesure du surnom qui l’accompagne : « Ci-gît Louis XII, père du peuple. » Un tombeau respecté pendant des siècles, signe que cette image populaire a fini par s’imposer durablement.
L’héritier ne surprend personne : François d’Angoulême, né le 12 septembre 1494, fils de Charles d’Angoulême et de Louise de Savoie, cousin de Louis XII et son gendre par son mariage avec Claude de France. Il a 20 ans lorsqu’il monte sur le trône.
La proclamation intervient dès le 1er janvier 1515, à l’hôtel des Tournelles même, acclamée par les grands du royaume. Le sacre suit rapidement, le 25 janvier 1515, à la cathédrale de Reims, célébré par le cardinal de Luxembourg — une cérémonie qui affirme, par sa rapidité même, la continuité de la monarchie.
Que retenir, au fond, de ces dix-sept années ? Du côté positif : une politique sociale marquée par la réduction des impôts et l’amélioration de la justice, une administration réformée et modernisée, le rattachement définitif de la Bretagne par le mariage avec Anne, et un vrai développement des arts et des lettres. Le surnom de « Père du peuple », on le voit, n’a rien d’usurpé.
Du côté des échecs, en revanche, le tableau est plus sombre : les guerres d’Italie se soldent par un échec complet, avec la perte de toutes les conquêtes ; aucun héritier mâle direct ne vient assurer la continuité dynastique ; les finances royales sortent lourdement endettées de ces années de conflit ; et la mort survient, somme toute, prématurément, à 52 ans.
L’héritage, lui, tient en quelques lignes simples : une Bretagne définitivement française, une administration renforcée, une Renaissance en plein essor, et l’image durable d’un roi juste, proche de son peuple.
Certaines continuités traversent naturellement le changement de règne : le passage de la branche Valois-Orléans à la branche Valois-Angoulême se fait sans heurt, la Bretagne reste française par l’intermédiaire de Claude de France, les réformes administratives se poursuivent, et le mécénat artistique s’accélère plutôt qu’il ne s’interrompt.
Mais des ruptures nettes s’annoncent aussi : François Ier impose d’emblée un style plus fastueux, plus guerrier ; il relance sans tarder les guerres d’Italie ; sa cour se développe avec un éclat que Louis XII n’avait jamais recherché ; et les équilibres diplomatiques européens s’en trouvent redessinés.
Le nouveau roi arrive d’ailleurs bien préparé : une éducation humaniste soignée par sa mère Louise de Savoie, un entourage de jeunes nobles ambitieux, et une vision de lui-même déjà bien arrêtée — celle d’un roi chevalier, protecteur des arts, prêt à reprendre le flambeau italien là où son prédécesseur l’avait laissé tomber.
Les rapports médicaux de l’époque, les chroniques de Commynes, de d’Auton et d’autres chroniqueurs de cour, la correspondance de Louise de Savoie et des ambassadeurs, ainsi que les actes de succession et testaments permettent de reconstituer cette fin de règne avec précision. Les historiens en tirent des lectures diverses : certains n’y voient qu’un roi modeste, dont le grand œuvre italien a échoué ; d’autres, à l’inverse, insistent sur un bilan globalement positif malgré ces revers militaires ; d’autres encore soulignent qu’il fut, très concrètement, un « Père du peuple » par ses réformes sociales ; d’autres enfin retiennent surtout la réussite de la transition vers François Ier, sans crise ni contestation.
Reste une constante, à travers ces lectures : Louis XII demeure moins célèbre que son successeur flamboyant, mais son évaluation historiographique n’a cessé de s’améliorer avec le temps. Sa mort marque, au fond, la fin d’une époque de consolidation et le début de celle, plus éclatante, de la Renaissance française.
Conclusion : Le règne de Louis XII, bien que marqué par l’échec final des guerres d’Italie, laisse un royaume stable, une Bretagne définitivement française, et l’image durable d’un « Père du peuple » soucieux de justice et de paix. Sa mort ouvre la voie au règne fastueux de François Ier et à l’apogée de la Renaissance française.