Le bâtisseur : châteaux de la Renaissance et urbanisme

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François Ier : le roi chevalier et la Renaissance française (1515–1547) · LA RENAISSANCE

François Ier se montre un bâtisseur acharné, dépensant sans compter dans la construction de nouveaux châteaux et la transformation urbaine, laissant un patrimoine architectural exceptionnel qui marque profondément le paysage français.


🏗️ Un bâtisseur acharné

Rien ne traduit mieux l’ambition de François Ier que sa frénésie de construction : en une quinzaine d’années à peine, il fait bâtir ou remanier près de sept châteaux, dépensant sans compter pour que chacun de ces projets bénéficie de décorations aussi somptueuses à l’extérieur qu’à l’intérieur, dans le goût nouveau venu d’Italie.


🏯 Les châteaux royaux

À Amboise, résidence favorite de sa jeunesse, il poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs en y ajoutant des éléments dans le nouveau style Renaissance — c’est là aussi, dans la chapelle Saint-Hubert, que repose la dépouille de Léonard de Vinci. À Blois, les travaux durent dix ans et donnent au château deux ailes nouvelles, dont l’une abrite le fameux escalier monumental, tandis que l’intérieur se pare de boiseries et de décors en arabesques qui adaptent la mode italienne au goût français. Mais c’est à Chambord, entrepris dès le début du règne sur un domaine de chasse acquis par Louis XII, que le roi donne sa réalisation la plus spectaculaire : Léonard de Vinci participe vraisemblablement à l’élaboration des plans, aux côtés de l’architecte italien Boccador — Domenico da Cortona —, pour donner naissance à un château Renaissance qui reste pourtant profondément ancré dans l’héritage de l’architecture médiévale française, avec pour signature son célèbre escalier à double révolution.


🏙️ Transformations urbaines

Le roi ne se contente pas de ses résidences de campagne : il s’attaque aussi au Louvre, faisant détruire la vieille tour médiévale de la forteresse de Philippe Auguste pour amorcer sa transformation en un véritable palais Renaissance. À Paris toujours, il commande la construction d’un nouvel hôtel de ville, confié à Boccador et à Pierre Chambiges, dans un style Renaissance qui influence durablement les choix architecturaux de la capitale.


🏞️ Châteaux de plaisance et de chasse

À côté de ces grands chantiers, François Ier multiplie les résidences de plaisance et de chasse. En 1528, dans le bois de Boulogne, il fait édifier le château de Madrid, conçu par Girolamo della Robbia dans le pur style Renaissance italien — un nom et une architecture qui évoquent, non sans une certaine ironie, la demeure où le roi avait été retenu prisonnier en Espagne quelques années plus tôt. À Saint-Germain-en-Laye, la reconstruction est menée par Pierre Chambiges, complétée par le château de la Muette, dans la forêt voisine, dédié à la chasse — une passion si dévorante chez le roi qu’on le surnomme, à l’époque, « le roi des veneurs ». S’y ajoutent encore Villers-Cotterêts, vers 1530, Folembray en 1538, Challeau en 1542, et enfin Rambouillet, qui devient sa résidence ultime — celle où il s’éteint en 1547.


👑 Le projet majeur : Fontainebleau

De tous ces chantiers, Fontainebleau reste le plus ambitieux : le roi y fait entreprendre une reconstruction quasiment complète, ne conservant du château antérieur que le donjon, pour des travaux qui s’étendent sur une quinzaine d’années. Fontainebleau devient rapidement sa résidence favorite, conçue comme un véritable écrin pour ses trésors italiens : des tapisseries dessinées par Raphaël, un bronze d’Hercule sculpté par Michel-Ange lui-même, la fameuse galerie François Ier décorée par Rosso Fiorentino, et d’autres pièces encore décorées par le Primatice — l’ensemble de ces maîtres donnant naissance à ce que l’on appellera l’École de Fontainebleau, dont l’influence sur l’art français se prolongera bien au-delà du règne.


🏗️ Un projet visionnaire resté lettre morte

Tous les projets de François Ier ne connaissent pas, cependant, une fin aussi heureuse. À Romorantin, Léonard de Vinci est chargé d’élaborer les plans d’une cité nouvelle, reprenant les principes de la cité idéale qu’il avait imaginée pour Milan — un projet visionnaire, abandonné dès 1519, à la fois à cause d’une épidémie de paludisme qui frappe les marais de Sologne et de la mort du vieux maître florentin cette même année. Cette utopie urbaine, née un peu trop tôt pour son époque, ne verra jamais le jour.


🌊 Fondation du Havre

À ces chantiers de prestige, il faut ajouter une entreprise d’un tout autre ordre : en 1517, François Ier décide la création d’un port moderne destiné au commerce et à la marine, d’abord baptisé « Franciscopolis » avant de prendre le nom, définitif cette fois, de « Le Havre de Grâce » — en souvenir d’une chapelle qui existait sur le site choisi. Ce port devient, sous le nom simplifié du Havre, l’une des grandes fondations urbaines du règne.


🎨 Un style entre deux mondes

L’ensemble de cette production architecturale illustre une fusion caractéristique entre deux traditions : l’ornementation, les proportions et les décors venus d’Italie d’un côté, les plans, la distribution des espaces et les traditions médiévales françaises de l’autre. De cette rencontre naissent des innovations propres à l’architecture française de la Renaissance — escaliers monumentaux, grandes galeries, jardins réguliers à la française —, tout un vocabulaire décoratif fait d’arabesques, de grotesques, de fresques et de stucs, dans des façades symétriques, largement ouvertes par de grandes baies, et coiffées de hautes toitures à la française percées de lucarnes.


📜 Un bilan qui traverse les siècles

Le bilan architectural du règne se mesure aisément : Chambord, chef-d’œuvre absolu de la Renaissance française, Fontainebleau, résidence favorite devenue centre artistique de premier plan, Blois profondément transformé, Le Havre fondé de toutes pièces, Saint-Germain reconstruit, Madrid comme château de plaisance novateur, Amboise poursuivi et enrichi — sans oublier, en creux, l’échec visionnaire de Romorantin. Ce patrimoine a un coût, considérable, qui pèse sur les finances du royaume et impose parfois de sacrifier d’autres priorités ; mais il laisse en héritage un ensemble architectural exceptionnel, aujourd’hui pour partie classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dont les châteaux de la Loire restent, aux yeux du monde entier, l’un des symboles les plus immédiatement reconnaissables de la France — et qui vaut à François Ier, dans la mémoire collective, le titre durable de grand bâtisseur de la Renaissance française.


🧠 À retenir

  • Près de sept châteaux construits ou transformés en une quinzaine d’années
  • Chambord : chef-d’œuvre de la Renaissance française, avec la participation probable de Léonard de Vinci
  • Fontainebleau : reconstruction quasi complète, résidence favorite et écrin de ses trésors italiens (Raphaël, Michel-Ange, Rosso, Primatice)
  • 1517 : fondation du Havre, nouveau port moderne
  • 1519 : abandon du projet visionnaire de cité nouvelle à Romorantin, conçu par Léonard de Vinci
  • Un style qui fusionne ornementation italienne et traditions architecturales françaises
  • Un patrimoine aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, symbole immédiat de la France dans le monde

Prochain zoom : La vie de cour et les fêtes royales.