Henri II : le roi chevaleresque et les guerres de Religion (1547-1559) · LA RENAISSANCE
Au-delà des présidiaux déjà créés en 1552 et de la faillite du Grand Parti de Lyon, le règne poursuit méthodiquement l’œuvre de centralisation entamée par François Ier, entre réforme des finances, de la justice et de l’armée.
Le pouvoir d’Henri II s’exerçait à travers plusieurs conseils spécialisés — un conseil des affaires pour les questions importantes de l’État, un conseil des finances pour la gestion du Trésor, un conseil des parties pour la justice et le contentieux, un conseil privé pour les affaires courantes —, mais l’autorité personnelle du roi restait, en dernier ressort, la source unique de toute décision. Dès 1547, Henri II généralisa et systématisa l’usage, déjà amorcé sous son père, de secrétaires d’État chargés de l’expédition des affaires : recrutés dans la compagnie des notaires-secrétaires du roi, initialement responsables chacun d’un secteur géographique du royaume, ils prirent en 1557 le titre officiel de secrétaires d’État et des finances — une évolution administrative qui préfigurait, bien avant l’heure, l’organisation ministérielle moderne.
Henri II hérita d’un Trésor déjà grevé par une dette considérable, léguée par trente-deux années de guerres et de mécénat somptuaire sous François Ier. Pour y faire face, le royaume s’appuya sur ses sources de revenus traditionnelles — domaine royal, tailles, gabelles, aides, traites — tout en les augmentant sensiblement : relèvement des tailles, extension des gabelles à de nouvelles régions, hausse des droits de douane. Le Trésor de l’Épargne, créé sous François Ier, fut maintenu et renforcé, avec une comptabilité tenue plus rigoureusement, tandis que le recours aux banquiers italiens et aux rentes sur l’Hôtel de Ville se développait pour combler l’écart persistant entre recettes et dépenses — un système de crédit dont l’échec du Grand Parti de Lyon, en 1558, révéla brutalement la fragilité.
La création des présidiaux en 1551-1552 — soixante juridictions intermédiaires composées chacune de neuf juges, installées au siège des bailliages et sénéchaussées pour désengorger les parlements — ne fut pas la seule réforme judiciaire du règne. En 1553, une ordonnance royale prévit que les maîtres des requêtes visiteraient chaque année les provinces, renforçant le contrôle central sur l’administration locale et la lutte contre les abus. En 1557, Henri II ordonna l’application d’un type unique de poids et de mesures, d’abord dans la banlieue parisienne puis dans tout le ressort du Parlement de Paris, avec dépôt d’un étalon de référence à l’hôtel de ville — une tentative précoce d’unification qui ne devait aboutir, à l’échelle du royaume entier, que des siècles plus tard. La vénalité des offices, en revanche, continua de proliférer malgré les tentatives de la limiter, affaiblissant à terme la compétence de l’administration royale.
Dans les provinces, le roi s’appuyait sur des gouverneurs issus des plus grandes familles — Anne de Montmorency en Île-de-France, François de Guise en Normandie, Claude de Lorraine en Bourgogne —, chargés de représenter l’autorité royale sur les plans militaire, administratif et judiciaire ; à leurs côtés commençaient à apparaître des commissaires extraordinaires, ancêtres directs des futurs intendants de l’Ancien Régime, dépêchés directement par le roi pour contrôler finances, justice et police dans les provinces. L’armée, elle aussi, se professionnalisa : compagnies d’ordonnance formant une cavalerie lourde permanente, régiments d’infanterie stables, effectifs atteignant environ cinquante mille hommes en temps de paix, fortifications frontalières modernisées avec le concours d’ingénieurs italiens, et une marine développée tant en Méditerranée, en lien avec la flotte ottomane, que sur la façade atlantique.
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