
1547 à 1559
La mort de François Ier, le 31 mars 1547, porta sur le trône un homme que rien, dans l’imaginaire de la cour, ne prédestinait à ressembler à son père. Sacré à Reims trois mois plus tard, le 25 juillet 1547, Henri II, âgé de vingt-huit ans, imposa d’emblée un style de gouvernement plus grave et plus réservé, mais tout aussi résolu à défendre le rang de la monarchie française sur la scène européenne.
Cet héritage n’avait rien d’apaisé. Henri II reçut de son père une rivalité dynastique toujours vive avec la maison de Habsbourg, incarnée dans la personne de Charles Quint, des finances déjà entamées par trente-deux années de guerre et de mécénat somptuaire, et une question religieuse que la diffusion croissante des idées de Calvin rendait chaque année plus pressante. Dès 1548, une révolte fiscale dans le Sud-Ouest — la jacquerie des Pitauds — rappela au jeune roi la fragilité de l’équilibre social sur lequel reposait sa fiscalité de guerre.
Le trait dominant de ces douze années fut une forme de constance dans l’affrontement : contrairement aux renversements spectaculaires du règne précédent, celui d’Henri II se déroula sur une trajectoire plus linéaire, marquée par une succession de victoires et de revers italiens et flamands, jusqu’à l’épuisement réciproque des deux couronnes rivales. La prise des Trois-Évêchés et la résistance héroïque de Metz furent suivies d’un désastre toscan à Marciano, puis d’une nouvelle déconvenue à Saint-Quentin — compensée par le coup d’éclat de la reprise de Calais.
Au-delà des champs de bataille, le règne s’organisa autour de plusieurs axes durables : une répression religieuse institutionnalisée, avec la création de la Chambre ardente dès 1547 et l’édit de Compiègne en 1557, qui préparèrent sans le vouloir l’explosion des guerres de Religion ; un mécénat artistique toujours vivace, porté par Diane de Poitiers et par des figures comme Philibert de l’Orme ou les poètes de la Pléiade ; une administration royale que la création des présidiaux vint rationaliser, tandis que le crédit de la couronne s’effondrait avec la faillite du Grand Parti de Lyon ; et une ouverture, enfin, vers le Nouveau Monde avec la fondation éphémère de la France antarctique au Brésil.
Le traité du Cateau-Cambrésis, signé en avril 1559, referma soixante ans de guerres d’Italie sur un compromis équilibré, mais la mort accidentelle du roi trois mois plus tard, lors d’un tournoi donné pour célébrer cette paix, priva le royaume, au moment même où s’ouvrait une ère nouvelle, du souverain expérimenté qu’appelait la crise religieuse à venir. Henri II laissa à son fils François II, âgé de quinze ans à peine, un royaume pacifié à l’extérieur mais rongé de l’intérieur par une fracture confessionnelle qu’aucune répression n’était parvenue à endiguer. Ce chapitre retrace ce parcours en cinq temps : l’avènement et les débuts de la cour, la bascule protestante et la victoire de Metz, la Corse et la trêve de Vaucelles, Saint-Quentin et la reprise de Calais, puis la paix générale et la mort tragique du roi.
François Ier s’éteignit le 31 mars 1547. Son fils Henri, âgé de vingt-huit ans, fut proclamé roi le 23 mai sous le nom d’Henri II — son sacre à Reims suivit, le 25 juillet 1547. Dès cette même année, il institua auprès du Parlement de Paris une juridiction d’exception, la Chambre ardente, chargée de juger en dernier ressort les affaires d’hérésie — signe précoce de sa détermination à endiguer la diffusion des idées de Calvin, alors en pleine expansion dans le royaume. En Italie, un premier signe des tensions à venir se manifesta le 10 septembre 1547 : Pier Luigi Farnèse fut assassiné à Parme, et Ferrante de Gonzague, gouverneur impérial de Milan, s’empara de la ville pour le compte de Charles Quint — un épisode qui allait, quatre ans plus tard, rejaillir sur la politique italienne du nouveau roi.
Le jeune règne dut aussi affronter une crise fiscale intérieure. L’édit de Châtellerault de 1541 avait étendu la gabelle à l’Angoumois et à la Saintonge, provinces où le sel circulait jusque-là librement ; l’émeute éclata en mai 1548 à Barbezieux, pour la libération d’insurgés arrêtés, avant de gagner l’ensemble de la région jusqu’à Bordeaux — la jacquerie des Pitauds rassembla ainsi près de vingt mille participants, menés notamment par le bourgeois Bois-Menier et Antoine Bouchard, seigneur de Puymoreau. Anne de Montmorency conduisit lui-même la répression : environ cent quarante exécutions eurent lieu à Bordeaux, dont une centaine de bourgeois et de magistrats, la ville fut désarmée, privée de ses privilèges, et son parlement suspendu. La couronne dut néanmoins composer : dès juin 1549, la gabelle fut abolie dans ces provinces, désormais érigées en « pays rédimés », moyennant une amnistie générale.
La cour du jeune roi s’organisa aussitôt autour de sa favorite, Diane de Poitiers, à qui il offrit dès 1547 le château de Chenonceau et qui fut titrée, l’année suivante, duchesse de Valentinois.
Château de Chenonceau: Ra-smit, GNU Free Documentation License 1.2 http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html, via Wikimedia Commons
Diane de Poitiers posant pour le Primatice: Nicaise de Keyser, Public domain, via Wikimedia Commons
Sous son mécénat, l’architecte Philibert de l’Orme, premier à porter le titre d’« architecte du roi », entreprit dès 1547 la construction du château d’Anet, achevée en 1555, tandis qu’au Louvre le sculpteur Jean Goujon exécutait, sur les dessins de Pierre Lescot, un programme décoratif qui allait se poursuivre jusqu’en 1556 — fontaine des Innocents en 1549, tribune des Cariatides en 1551.
Diane de Poitiers visitant l’atelier de Jean Goujon: Alexandre-Évariste Fragonard, Public domain, via Wikimedia Commons
La même année 1549, Joachim du Bellay publiait la Défense et illustration de la langue française, manifeste fondateur du groupe de poètes bientôt appelé la Pléiade, réuni autour de lui et de Pierre de Ronsard.
Sur le plan diplomatique, Henri II reprit et amplifia la politique matrimoniale de son père. Le 19 juillet 1548, un traité scella les fiançailles du dauphin François avec la jeune reine d’Écosse Marie Stuart, qui quitta son royaume le 7 août pour rejoindre la cour de France — geste s’inscrivant dans le prolongement du soutien militaire déjà apporté à l’Écosse contre le « Rough Wooing » anglais, la France y ayant envoyé six mille hommes dès 1548. Cette rivalité avec l’Angleterre déboucha sur un conflit ouvert : le 8 août 1549, la France lui déclara la guerre pour la restitution de Boulogne, occupée depuis 1544 en violation du traité d’Ardres de 1546. D’âpres négociations menées au fort d’Outreau, du 24 février au 6 mars 1550, aboutirent à un accord sur quatre cent mille écus payables en deux versements ; le traité d’Outreau fut signé le 24 mars 1550, ratifié par l’Écosse le 18 avril, et les troupes anglaises évacuèrent Boulogne dès le 25 avril.
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Le 27 juin 1551, l’édit de Châteaubriant renforça l’arsenal répressif du royaume contre la diffusion des idées calvinistes : tout ouvrage devait désormais porter le nom de son imprimeur et de son auteur, et la production, la vente ou la simple détention d’un livre interdit devenait passible de mort — une politique de contrôle qui ne devait cependant pas enrayer la progression de la Réforme. Ce fut aussi vers l’Italie que se porta, cette année-là, l’essentiel des forces du royaume : le 27 mai 1551, le traité d’Amboise engagea Henri II aux côtés d’Octave Farnèse — gendre de Charles Quint, menacé à la fois par le pape Jules III et par l’Empire — moyennant deux mille fantassins, deux cents lances légères et un subside annuel de douze mille écus d’or. Gonzague riposta en s’emparant de Brescello et de Colorno dès juin 1551, tandis que le maréchal de Brissac enlevait, sur le front piémontais, Chieri et San Damiano les 3 et 4 septembre 1551, la défense de Parme proprement dite étant assurée par Piero Strozzi et Paul de La Barthe de Thermes. Le conflit se referma sur une trêve de deux ans conclue le 29 avril 1552, restituant le duché de Castro aux Farnèse.
C’est dans le prolongement de cette crise italienne que se noua le coup diplomatique le plus lourd de conséquences du règne. Un accord secret signé à Friedewald le 5 octobre 1551 fut ratifié le 15 janvier 1552 au château de Chambord par trois princes protestants allemands — Maurice de Saxe, Jean-Albert Ier de Mecklembourg-Schwerin et Guillaume IV de Hesse-Cassel : moyennant le versement de soixante-dix mille écus d’or par mois, Henri II obtint la cession du vicariat des Trois-Évêchés — Toul, Verdun et Metz — et prit le titre de « vicaire impérial, protecteur des libertés germaniques ». Fort de cet accord, il entra à Metz le 18 avril 1552 au terme de son « voyage d’Allemagne », agrandissant durablement le royaume vers l’est. La même période vit aussi une réforme judiciaire durable : un édit créa les présidiaux, soixante nouvelles juridictions intermédiaires entre bailliages et parlements, destinées à désengorger la justice royale.
Charles Quint ne pouvait laisser cette annexion sans réplique. Il rassembla devant Metz une armée impériale de soixante mille hommes et cent cinquante canons — Allemands, Espagnols, Italiens, Tchèques, Wallons et Flamands, renforcés de douze mille hommes sous le margrave Albert de Brandebourg — face à une garnison commandée par François de Guise, forte de moins de sept mille hommes, dont mille pionniers et sept cents cavaliers. Avant même l’arrivée de l’ennemi, Guise fit raser cinq faubourgs et une quarantaine d’édifices religieux — dont le quartier des Cordeliers —, éleva un boulevard d’artillerie à Bellecroix, fit creuser un fossé le long de la Seille, et expulsa les « bouches inutiles » de la ville avant le 21 octobre.
Les Cordeliers, épisode du siège de Metz: Laurent Charles Maréchal, Public domain, via Wikimedia Commons
L’encerclement débuta le 19 octobre 1552 ; le bombardement s’intensifia à partir du 9 novembre, avec environ quinze mille boulets tirés sur les remparts, ouvrant le 17 novembre une brèche de quarante mètres près de la porte Serpenoise, puis endommageant, les 27 et 28 novembre, trois cents mètres de fortifications — sans jamais percer le double rempart médiéval de la ville, les tentatives de sape échouant devant une nappe phréatique trop haute. Dans la ville assiégée, le chirurgien Ambroise Paré, appelé par Guise pour soigner les blessés du siège, y perfectionna la ligature des artères, substituant cette méthode à la cautérisation au fer rouge alors en usage pour arrêter les hémorragies — une innovation qui allait durablement marquer l’histoire de la chirurgie militaire.
Ambroise Paré pratiquant la ligature des artères au siège de Metz: Théobald Chartran, Public domain, via Wikimedia Commons
Rongée par le typhus, la faim, le froid et des désertions massives, l’armée impériale dut renoncer : Charles Quint, « découragé et malade », leva le siège le 1er janvier 1553 et se retira vers Thionville dès le lendemain, les Français épargnant diplomatiquement les blessés abandonnés sur place — un échec cuisant qui humilia l’empereur et consacra, dès les premières années du règne, la stature militaire d’Henri II.
La Levée du siège de Metz en 1553: Lucien-Étienne Mélingue, Public domain, via Wikimedia Commons
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Fort de son succès à Metz, Henri II chercha à ouvrir un nouveau front contre les possessions génoises, alliées de l’empereur, en Méditerranée. Le 23 août 1553, le maréchal Paul de Thermes débarqua en Corse avec une escadre franco-ottomane aux côtés de Sampiero Corso, qui s’empara aussitôt de la citadelle d’Ajaccio et leva l’étendard de la révolte, ralliant les populations locales et des familles alliées comme le clan Ornano ; Thermes renforça la place et coordonna l’ensemble de l’opération face à l’amiral génois Andrea Doria. Mais malgré des succès initiaux, la campagne s’essouffla : absorbée par le rapprochement anglo-espagnol qui se dessinait alors, la France laissa la situation s’enliser, et Thermes fut rappelé en 1555 à la faveur d’un armistice.
Le théâtre italien fut, lui, franchement défavorable. En janvier 1554, Henri II envoya Blaise de Monluc gouverner Sienne, alors menacée par les troupes hispano-florentines. Le 2 août 1554, à Marciano (Scannagallo), les forces franco-siennoises de Pierre Strozzi — douze à quatorze mille fantassins, mille cavaliers, mercenaires français, corses et turcs — affrontèrent les hispano-florentins de Gian Giacomo de Médicis, marquis de Marignan, mieux organisés avec leurs douze mille fantassins, treize cents cavaliers et quatre canons. Un repositionnement de Strozzi vers un terrain plus élevé, faute d’accès à l’eau, fut interprété par Médicis comme une retraite ; ses arquebusiers ouvrirent le feu, Strozzi lança ses piquiers en réponse et prit d’abord l’avantage, avant que la cavalerie franco-siennoise de Ludovico Pico della Mirandola, attaquée par le comte Sforza di Santa Fiora, ne s’effondre et n’entraîne toute l’armée dans une déroute : plus de quatre mille morts et cent trois étendards perdus, contre environ quatre cents morts dans le camp adverse, Strozzi lui-même blessé par arquebuse. Ce désastre précipita la chute de Sienne, assiégée depuis juillet 1554 : Monluc, « malade et sans secours », tint néanmoins tête pendant près de neuf mois, contraignant les Espagnols à mobiliser d’importantes troupes et à lui rendre les honneurs à sa capitulation, en avril 1555. À son retour, Henri II le reçut en triomphe et le fit chevalier de l’ordre de Saint-Michel.
Ce désastre toscan fut compensé, sur le front du Nord, par une victoire éclatante. Le 13 août 1554, à Renty, l’armée française conduite par François de Guise — avec, à ses côtés, Henri II en personne, le maréchal Gaspard de Saulx (Tavannes), l’amiral Gaspard II de Coligny, Antoine de Bourbon et François Ier de Nevers — affronta des forces impériales commandées cette fois par Charles Quint lui-même. Après un bombardement du château de Renty, l’avant-garde impériale, refoulée jusqu’au Bois Guillaume, céda lorsque Coligny y pénétra à la tête d’un millier d’hommes et s’empara de l’artillerie espagnole ; l’armée impériale perdit environ deux mille hommes, contre deux cent quarante du côté français. Henri II décora Gaspard de Saulx de l’ordre de Saint-Michel sur le champ de bataille lui-même — mais faute de munitions, l’armée française dut lever le siège de la place dès le 15 août, sans exploiter pleinement son succès.
Bataille de Renty: Nicolas-Guy Brenet, Public domain, via Wikimedia Commons
L’année suivante marqua un tournant décisif pour l’ensemble du conflit. Le 25 octobre 1555, à Bruxelles, Charles Quint abdiqua ses droits sur les Pays-Bas en faveur de son fils Philippe II ; le 16 janvier 1556, il lui céda également l’Espagne, avant de transférer, entre 1556 et 1558, la dignité impériale et les terres autrichiennes à son frère Ferdinand — consommant ainsi la partition définitive de l’empire des Habsbourg entre ses deux branches. Trois semaines après cette première abdication, le 5 février 1556, la trêve de Vaucelles fut signée à l’abbaye du même nom, dans la vallée de l’Escaut, entre Henri II et Charles Quint : prévue pour cinq années, elle reconnaissait les gains territoriaux français — les Trois-Évêchés, plusieurs places entre le Luxembourg et la Flandre, ainsi que les possessions du royaume en Piémont, en Italie centrale et en Corse.
Cette même période vit encore Henri II financer une entreprise coloniale d’un genre nouveau. Fin 1554, il remit dix mille livres tournois au vice-amiral Nicolas Durand de Villegagnon, dont il confia la supervision à Gaspard de Coligny ; parti du Havre le 12 juillet 1555 avec environ six cents colons, celui-ci atteignit le 15 novembre la baie de Guanabara, au Brésil, où il fonda le fort Coligny — donnant naissance à la France antarctique, premier établissement français durable dans le Nouveau Monde depuis les expéditions de Jacques Cartier.
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La trêve de Vaucelles ne survécut pas à l’été 1556 : le pape Paul IV, farouchement hostile aux Habsbourg, excommunia Charles Quint et Philippe II tout en promettant Naples aux Français, précipitant l’invasion des États pontificaux par les troupes impériales. Les hostilités entre la France et l’Espagne reprirent officiellement le 31 janvier 1557. Henri II envoya aussitôt François de Guise à Rome, où il entra le 2 mars à la tête d’une expédition destinée à reconquérir Naples ; mais le siège de Civitella del Tronto, mené du 24 avril au 15 mai 1557 face au duc d’Albe, se solda par un échec, et Guise dut être rappelé en France en septembre pour redresser une situation soudain devenue critique sur un tout autre front.
Ce front, ce fut celui de Saint-Quentin, où survint, le 10 août 1557, le pire désastre militaire du règne. Les forces hispano-savoyardes d’Emmanuel-Philibert de Savoie, lieutenant général de Philippe II, et de Ferdinand Gonzague — soixante mille fantassins, cinq mille cavaliers et quatre-vingts pièces d’artillerie — écrasèrent l’armée du connétable Anne de Montmorency et de l’amiral Coligny, forte de dix-huit mille fantassins, six mille cavaliers et dix-huit canons seulement. Sous-estimant son adversaire, Montmorency fit sortir ses troupes du couvert boisé pour franchir la Somme ; les Espagnols franchirent aussitôt le pont de Rouvroy et jetèrent un pont de bateaux supplémentaire, encerclant l’armée française à découvert. Le bilan fut catastrophique : environ six mille morts et six mille prisonniers côté français, parmi lesquels Montmorency lui-même, les ducs de Montpensier et de Longueville, et Coligny — contre un millier d’hommes seulement du côté espagnol. La route de Paris se trouvait alors ouverte, mais Philippe II choisit de prolonger deux semaines encore le siège de Saint-Quentin plutôt que de marcher sur la capitale, une hésitation stratégique qui laissa aux Français le temps de se ressaisir.
Reddition de l’armée française à Saint-Quentin: D’après Luca Giordano (copie), Public domain, via Wikimedia Commons
Cette même année 1557 vit aussi se durcir la politique religieuse du royaume. En février, Henri II avait demandé au pape Paul IV d’établir en France une Inquisition sur le modèle espagnol ; le Parlement de Paris, jaloux de ses prérogatives judiciaires, s’y opposa et en empêcha la mise en œuvre. Le 24 juillet, l’édit de Compiègne généralisa néanmoins la peine de mort à tout cas d’hérésie avérée, et six semaines plus tard, dans la nuit du 4 septembre, éclata l’affaire de la rue Saint-Jacques : une assemblée calviniste clandestine d’environ quatre cents personnes, réunie face au collège du Plessis, fut surprise ; cent vingt-huit de ses membres furent arrêtés, dont plusieurs femmes de la noblesse, tandis que la majorité des fidèles parvenait à s’échapper. Huit personnes finirent sur le bûcher, dont Philippe de Luns, demoiselle de Graveron, seule femme exécutée.
C’est ce contexte tendu que Guise, rappelé d’Italie, sut renverser avec éclat. En janvier 1558, il rassembla environ trente mille hommes depuis Compiègne, Montreuil et Boulogne-sur-Mer pour marcher sur Calais, dont la garnison anglaise, sous Lord Thomas Wentworth, ne comptait qu’environ deux mille cinq cents défenseurs. L’offensive fut foudroyante : le 1er janvier, l’avant-garde française enleva Sangatte, Fréthun et Nielles ; le fort Risban tomba le lendemain ; l’artillerie fut mise en batterie aux forts Nieulay et Risban dès le 3 janvier ; et Wentworth capitula le 7 janvier, à deux heures du matin. Henri II fit une entrée cérémonielle dans la ville le 23 janvier, mettant fin à deux cent dix ans de présence anglaise continue sur le sol français, depuis la prise de Calais par Édouard III en 1347 — la région fut rebaptisée « Pays reconquis » et ses habitants anglais rapatriés.
Le Siège de Calais. 9 janvier 1558: François-Édouard Picot, Public domain, via Wikimedia Commons
Guise poursuivit sur sa lancée : à la tête de douze à quatorze mille hommes, avec le maréchal Strozzi, il mit dès la mi-avril le siège devant Thionville, défendue par une garnison espagnole de trois mille soldats. La place capitula le 23 juin 1558, suivie la même saison de la prise d’Arlon, avant que les prémices de la paix générale n’interrompent l’avancée française vers le Luxembourg.
Prise de Thionville, 23 juin 1558: Hortense Haudebourt-Lescot, Public domain, via Wikimedia Commons
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L’embellie de Calais fut cependant suivie d’un nouveau revers, et d’une crise financière. En février 1558, la réduction unilatérale des taux d’intérêt décidée par Henri II pour alléger sa dette provoqua l’effondrement du Grand Parti de Lyon, principal mécanisme de crédit de la couronne, fermant durablement au Trésor royal l’accès à cette source de financement. Sur le terrain, le maréchal Paul de Thermes, après s’être emparé de Dunkerque, de Bergues et de Nieuport, entreprit le siège de Gravelines, mais se retrouva débordé par une armée espagnole sous le comte d’Egmont, renforcée par des Flamands exaspérés par les exactions françaises ; contraint à la retraite vers Calais le long du littoral, il fut rattrapé le 13 juillet 1558 : les Espagnols — douze à quinze mille hommes et trois mille cavaliers — attaquèrent son flanc gauche pendant qu’une flotte anglaise alliée canonnait son flanc droit depuis la mer, et « prise entre deux feux, l’armée française se débanda ». Thermes, fait prisonnier pour un an, laissa plus de mille morts et près de douze mille cinq cents hommes tués, blessés ou capturés au total — le comte d’Egmont, pourtant grièvement blessé, en sortit gouverneur de Flandre et d’Artois. Lassé d’une guerre devenue exsangue pour les deux couronnes et privé de ses moyens de financement, Henri II privilégia désormais la voie des négociations.
Celles-ci aboutirent, au printemps 1559, à la paix du Cateau-Cambrésis, conclue en deux traités distincts : l’un franco-anglais, signé les 12 mars et 2 avril avec la nouvelle reine Élisabeth Ire, l’autre franco-espagnol, négocié à l’abbaye de Cercamp et signé le 3 avril 1559 avec Philippe II. La France y conservait Calais, les Trois-Évêchés — Metz, Toul, Verdun — et plusieurs places de Picardie, dont Saint-Quentin, Ham et Le Catelet, mais devait céder le duché de Savoie et l’essentiel du Piémont, la Corse, revenue à Gênes, ainsi que ses prétentions sur Milan et la Franche-Comté, ne gardant que Pignerol et le marquisat de Saluces comme têtes de pont italiennes. Deux mariages diplomatiques vinrent sceller cette paix générale, qui refermait plus de soixante ans de guerres d’Italie : Élisabeth de France, fille aînée d’Henri II, fut promise à Philippe II d’Espagne, et Marguerite de France, sœur du roi, au duc Emmanuel-Philibert de Savoie.
Les noces scellant cette paix furent cependant assombries par un drame. Le 30 juin 1559, lors d’un tournoi donné rue Saint-Antoine à Paris pour les célébrer, Henri II fut mortellement blessé à l’œil par un éclat de lance au cours d’une joute contre Gabriel de Montgommery, capitaine de sa garde écossaise.
La mort du roi Henri II au tournoi de l’hôtel des Tournelles (détail): Édouard Detaille, Public domain, via Wikimedia Commons
Malgré les soins d’Ambroise Paré et du chirurgien espagnol André Vésale, appelé en urgence depuis Bruxelles, le roi mourut « dans d’atroces souffrances » le 10 juillet 1559. Après des funérailles célébrées selon le cérémonial traditionnel des rois de France — exposition de l’effigie royale le 29 juillet, inhumation à la basilique Saint-Denis le 13 août —, son fils aîné François II lui succéda à quinze ans, délégant aussitôt le pouvoir, avec l’accord de sa mère Catherine de Médicis, aux oncles de son épouse Marie Stuart, les Guise — une véritable révolution de palais qui ouvrait, à peine la paix générale signée, un nouveau chapitre aussi incertain que périlleux pour le royaume.
🔍 Zoom – La mort d’Henri II et la fin du règne
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