L'Amérique et la France antarctique

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Henri II : le roi chevaleresque et les guerres de Religion (1547-1559) · LA RENAISSANCE

Au-delà de sa fondation déjà connue en 1555, la colonie de Villegagnon connut cinq années tourmentées, déchirée par les rivalités religieuses avant de succomber à l’assaut portugais — laissant derrière elle deux récits de voyage fondateurs de l’ethnographie moderne.


⛵ Une entreprise difficile dès son lancement

Le projet ne partait pas d’un terrain vierge : un demi-siècle après la découverte du Brésil par Cabral en 1500, la baie de Guanabara avait déjà été reconnue par le navigateur et cartographe Guillaume Le Testu, et des marchands havrais y avaient même établi, près de l’actuel Cabo Frio, un comptoir destiné à fournir l’industrie drapière de Rouen en bois de teinture. Mais l’expédition de Nicolas Durand de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne chargé par Henri II d’y établir une colonie durable, se heurta d’emblée à d’importantes difficultés de recrutement, puis à des défections en cours de route — nombre de colons rejetant la rigueur morale de leur chef, farouchement opposé aux relations entre Français et femmes tupinambas.


✝️ Le renfort protestant et la fracture religieuse

Confronté à l’isolement de sa colonie, Villegagnon renvoya Le Testu en France solliciter des renforts ; l’amiral Gaspard de Coligny, déjà acquis à la cause réformée, y vit l’occasion de fonder une colonie protestante dans le Nouveau Monde. Trois navires quittèrent Honfleur le 19 novembre 1556, emportant un groupe de réformés parmi lesquels le pasteur Jean de Léry. Mais l’arrivée de ces renforts, loin d’apaiser la colonie, en exacerba les tensions : dans le récit qu’il devait publier bien plus tard, Léry décrit des dissensions continuelles, cristallisées notamment autour du conflit qui l’opposa à André Thevet, moine franciscain, géographe et aumônier de l’expédition initiale — la communauté se divisant peu à peu entre catholiques et protestants, sous l’autorité toujours plus rigide de Villegagnon.


💀 La chute et l’héritage littéraire

Ces divisions internes finirent par profiter aux Portugais : en 1560, une expédition menée par Mem de Sá, gouverneur général du Brésil, s’empara du fort Coligny et le détruisit, mettant fin, après cinq années à peine, à la première tentative française d’implantation en Amérique du Sud. L’épisode laissa pourtant un héritage durable, moins territorial que littéraire et scientifique : de retour en France, André Thevet publia dès 1557 ses Singularitez de la France antarctique, tandis que Jean de Léry fit paraître, bien plus tard, en 1578, son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil — deux témoignages qui comptent, aujourd’hui encore, parmi les tout premiers textes ethnographiques européens sur les populations amérindiennes, et qui devaient nourrir, un siècle et demi plus tard, jusqu’à la réflexion de Montaigne sur les « cannibales ».


🧠 À retenir

  • Fondation de la France antarctique en 1555 (Villegagnon, fort Coligny), déjà connue du récit principal
  • Difficultés de recrutement et défections précoces, liées à la rigueur morale de Villegagnon
  • 19 novembre 1556 : départ de Honfleur des renforts protestants menés par Jean de Léry, à la demande de Coligny
  • Fracture croissante entre catholiques et protestants au sein de la colonie, cristallisée dans le conflit Léry-Thevet
  • 1560 : destruction du fort Coligny par les Portugais de Mem de Sá, fin de la colonie
  • Héritage littéraire majeur : les Singularitez de la France antarctique de Thevet (1557) et l’Histoire d’un voyage de Léry (1578)

Prochain zoom : La mort d’Henri II et la fin du règne.