Henri II : le roi chevaleresque et les guerres de Religion (1547-1559) · LA RENAISSANCE
Au-delà des édits déjà connus — Chambre ardente, Châteaubriant, Compiègne, affaire de la rue Saint-Jacques —, ce zoom explore comment la répression se heurta à l’organisation croissante des protestants et culmina, à la toute fin du règne, dans l’affaire retentissante d’Anne du Bourg.
Réfugié à Genève depuis 1536, Jean Calvin y diffusait, à travers son Institution de la religion chrétienne — traduite en français dès 1541 — une doctrine qui gagnait en France des soutiens croissants, en particulier dans la bourgeoisie et une partie de la noblesse. À côté du calvinisme, désormais dominant, subsistaient un luthéranisme plus discret, surtout implanté en Alsace et en Lorraine, ainsi qu’un évangélisme modéré, hérité du cercle de Marguerite de Navarre sous François Ier, mais progressivement marginalisé face à la polarisation croissante entre catholiques et réformés. Malgré l’arsenal répressif déployé par Henri II tout au long du règne, cette progression ne se démentit pas : dès 1555, une première église réformée organisée se constitua à Paris, préfigurant le premier synode national qui allait se tenir, l’année même de la mort du roi, en 1559.
La répression royale eut pour effet paradoxal de politiser toujours davantage la question religieuse au sein même de l’aristocratie. Autour de l’amiral Gaspard de Coligny et de la famille de Condé se constitua un véritable parti protestant, tandis que les Guise incarnaient le camp catholique le plus intransigeant. Entre les deux, une troisième sensibilité, portée notamment par Catherine de Médicis, cherchait déjà une forme de conciliation politique — préfigurant ce que l’on appellera bientôt le parti des « politiques ». Cette fracture de la noblesse, plus encore que la répression judiciaire elle-même, allait peser lourdement sur les décennies suivantes : nombre de seigneurs protégeaient désormais ouvertement leurs sujets protestants, tandis que certains grands maisons levaient leurs propres troupes en marge de l’autorité royale.
L’épisode le plus retentissant de cette fin de règne se joua dans les toutes dernières semaines de la vie d’Henri II. Conseiller au Parlement de Paris depuis 1557, Anne du Bourg prit publiquement position en faveur des idées réformées lors d’une mercuriale — séance solennelle du Parlement — tenue en juin 1559, s’adressant au roi lui-même avec une hardiesse inhabituelle. Henri II, furieux, le fit aussitôt arrêter et emprisonner à la Bastille. Mais le roi mourut avant que l’affaire ne fût jugée : ce furent les Guise, désormais maîtres du pouvoir sous le jeune François II, qui menèrent le procès à son terme. Du Bourg fut condamné pour hérésie et exécuté le 23 décembre 1559, pendu puis brûlé en place de Grève, déclarant à la foule : « Mes amis, je ne suis pas ici comme un larron ou un meurtrier, mais c’est pour l’Évangile. » Ce supplice, survenu quelques mois à peine après la mort d’Henri II, devait nourrir un ressentiment qui allait bientôt trouver un débouché dans la conjuration d’Amboise, ouvrant le cycle des guerres de Religion.
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