François II : le roi éphémère et les débuts des guerres de Religion (1559-1560)

François II : le roi éphémère et les débuts des guerres de Religion (1559-1560)

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1559 à 1560

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François II devint roi le 10 juillet 1559, à quinze ans à peine, au lendemain de la mort accidentelle de son père Henri II, blessé lors d’un tournoi trois mois plus tôt. Il fut, de tous les rois de France de l’époque moderne, celui dont le règne dura le moins longtemps — dix-sept mois à peine, du 10 juillet 1559 au 5 décembre 1560.

Cet héritage n’avait rien de simple. François II recevait un royaume pacifié à l’extérieur par le traité du Cateau-Cambrésis, tout juste signé, mais profondément divisé à l’intérieur par une question religieuse que la répression menée sous Henri II n’était jamais parvenue à résoudre. Dès le premier jour de son règne, le pouvoir réel lui échappa presque entièrement : marié depuis 1558 à Marie Stuart, le jeune roi laissa le gouvernement aux oncles de son épouse, les princes de Guise, dans ce que l’on a pu appeler une véritable révolution de palais.

Le trait dominant de ce très court règne fut ainsi une tutelle continue, jamais vraiment remise en cause tant que vécut le roi : François de Guise à la tête des armées, le cardinal de Lorraine aux finances, à la justice et à la diplomatie, avec l’assentiment résigné d’une Catherine de Médicis encore effacée. Sous cette tutelle, la répression religieuse déjà engagée sous Henri II se poursuivit et s’aggrava, jusqu’à provoquer, au printemps 1560, la réaction armée que redoutaient les Guise eux-mêmes.

Au-delà de la seule répression, le règne connut plusieurs mouvements bien distincts : l’exécution retentissante d’Anne du Bourg qui referma l’année 1559 ; la conjuration d’Amboise, tentative avortée d’enlever le roi pour le soustraire à l’influence des Guise, suivie d’une répression d’une extrême sévérité ; un premier infléchissement juridique de la politique religieuse avec l’édit de Romorantin ; puis, à l’arrivée du chancelier Michel de l’Hôpital, l’esquisse d’une politique de conciliation, brutalement compliquée par l’arrestation du prince de Condé.

La mort prématurée de François II, emporté par une infection de l’oreille à peine plus d’un an après son avènement, mit fin à cette tutelle des Guise aussi soudainement qu’elle avait commencé, ouvrant la voie à la régence de Catherine de Médicis pour son second fils, Charles IX, âgé de dix ans à peine. Ce chapitre retrace ce règne éphémère en trois temps : l’avènement du jeune roi et la mainmise des Guise, la conjuration d’Amboise et l’inflexion de Romorantin, puis les états généraux d’Orléans et la mort du roi — trois actes resserrés sur quelques mois à peine, mais qui portent déjà en germe l’ensemble des lignes de fracture des guerres de Religion à venir.


I. Juillet–décembre 1559 : l’avènement de François II et la mainmise des Guise

François II devint roi le 10 juillet 1559, à quinze ans, au lendemain de la mort accidentelle de son père. Ce jour-là même, ses quatre secrétaires d’État, cherchant à qui rendre compte des affaires du royaume, se tournèrent vers Catherine de Médicis — mais la reine mère, dévastée par son deuil, les redirigea vers les frères de Guise, oncles de la jeune reine Marie Stuart. Ce simple geste consomma ce que les historiens ont pu appeler une véritable révolution de palais : François de Guise prit la tête des forces militaires du royaume, tandis que son frère le cardinal Charles de Lorraine s’assurait le contrôle des finances, de la justice et de la diplomatie, évinçant du même mouvement le connétable Anne de Montmorency — celui-ci ne reçut, le 18 juillet, qu’une confirmation nominale dans ses fonctions, désormais vidées de tout pouvoir réel — et l’ancienne favorite Diane de Poitiers, aussitôt écartée de la cour.

Les premières semaines du règne virent surtout la mise en œuvre des clauses du traité du Cateau-Cambrésis conclu quelques mois plus tôt : dès le 14 juillet, des ordres de réduction des effectifs militaires furent donnés, et le 7 août, la Savoie fut officiellement restituée au duc Emmanuel-Philibert, avec siège rétabli à Chambéry. Le 13 août, le corps d’Henri II fut inhumé à Saint-Denis au terme des funérailles déjà engagées de son vivant. Ce même mois d’août, le diplomate Jean Nicot partit comme ambassadeur de France à Lisbonne — une mission qui allait, l’année suivante, le rendre célèbre pour l’introduction du tabac dans le royaume.

La légitimation rituelle du nouveau règne vint avec le sacre, célébré à la cathédrale de Reims le 21 septembre 1559 sous la présidence du cardinal de Lorraine lui-même — signe supplémentaire, s’il en fallait, de la mainmise des Guise jusque sur les cérémonies les plus solennelles de la monarchie. Mais l’automne 1559 fut surtout marqué par une intensification de la répression religieuse : arrestations massives de protestants, saisies de biens, durcissement continu de la politique déjà engagée sous Henri II. Cette répression connut un dénouement particulièrement violent en fin d’année : le 18 décembre, le président Antoine Minard, qui avait instruit avec une partialité notoire le procès du conseiller réformé Anne du Bourg, fut abattu d’un coup de pistolet en sortant du palais, de nuit. Un Écossais, Robert Stuart, soupçonné d’avoir agi à l’instigation des calvinistes, fut arrêté et longuement torturé, mais ne confessa jamais rien et fut finalement expulsé du royaume. Cinq jours plus tard, le 23 décembre 1559, Anne du Bourg lui-même fut pendu puis brûlé en place de Grève — un supplice qui referma une année de répression sans apaiser les tensions, et qui allait bientôt nourrir, chez les protestants les plus déterminés, la tentation d’une riposte armée.

Anne Dubourg condamné à être pendu et brûlé Anne Dubourg condamné à être pendu et brûlé : François Hogenberg, d’après Jacques Tortorel et Jean Perrissin, Public domain, via Wikimedia Commons

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II. Janvier–mai 1560 : la conjuration d’Amboise et l’édit de Romorantin

Cette tentation prit corps dès le début de l’année suivante. Jean du Barry, seigneur de La Renaudie, gentilhomme périgourdin devenu hostile aux Guise depuis l’exécution de son beau-frère Gaspard de Heu en 1558, réunit à Nantes, le 1er février 1560, un premier cercle de conjurés dans tout le royaume : l’objectif était d’enlever le roi par la force pour le « soustraire à l’influence des Guise ». Le 12 février, Paulon de Mauvans rallia à la cause les huguenots de Provence, promettant deux mille hommes, tandis que le prince de Condé, sans y participer directement, en suivait discrètement la préparation — les conjurés le désignant, dans leur correspondance, sous le nom de code de « capitaine muet ». Calvin et les pasteurs réformés, informés du projet, le condamnèrent publiquement, et l’amiral Coligny empêcha les protestants de Normandie de s’y associer. Le pouvoir, dans un premier temps, tenta pourtant l’apaisement : le 8 mars 1560, un édit signé à Amboise accorda une amnistie aux protestants — un geste de conciliation qui n’empêcha pas la conjuration de suivre son cours.

Alertés, les Guise firent transférer la cour de Blois à Amboise dès le 22 février, jugée plus sûre. Le 10 mars, des groupes de protestants désorientés furent arrêtés puis, dans un premier temps, relâchés sur ordre de François II lui-même. Mais le 14 mars, un accrochage fortuit près de Tours, entre le comte de Sancerre et le baron de Castelnau, alarma la cour ; le 17 mars, une attaque surprise fut lancée par un groupe de huguenots commandés par Bertrand de Chandieu — le roi confia aussitôt à François de Guise la charge de lieutenant général du royaume. La Renaudie lui-même fut tué le 19 mars en forêt de Château-Renault. La répression qui suivit, à Amboise même, fut d’une extrême sévérité : les rebelles capturés furent pendus aux balustrades du château, noyés dans la Loire, ou massacrés par la foule ; le corps de La Renaudie, attaché à une potence sur le pont avec une pancarte proclamant « chef des rebelles », fut coupé en cinq morceaux exposés aux portes de la ville. Le bilan de cette répression, selon les sources, s’établit entre mille deux cents et mille cinq cents morts.

L'exécution d'Amboise, faite le 15 mars 1560 L’exécution d’Amboise, faite le 15 mars 1560 : Jacques Tortorel et Jean Perrissin, Public domain, via Wikimedia Commons

Face à l’ampleur de cette crise, la monarchie infléchit sa politique religieuse sans pour autant renoncer à la fermeté : le 7 mai 1560, l’édit de Romorantin interdit les assemblées protestantes privées, mais transféra aux tribunaux épiscopaux, plutôt qu’aux juridictions royales ordinaires, la compétence pour juger les affaires d’hérésie — une distinction juridique subtile entre l’hérésie, désormais renvoyée au for ecclésiastique, et la sédition proprement dite, qui restait du ressort de la justice royale. Ce déplacement de compétence, obtenu dans le contexte encore incertain qui suivit la mort du chancelier François Olivier le 30 mars, annonçait déjà l’infléchissement plus net que la monarchie allait adopter dans les mois suivants.

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III. Juin–décembre 1560 : les états généraux d’Orléans et la mort du roi

L’infléchissement annoncé se confirma avec la nomination, le 30 juin 1560, de Michel de l’Hôpital comme chancelier de France, succédant à François Olivier. Sa marque se lut bientôt dans la conduite de l’assemblée des notables réunie à Fontainebleau du 21 au 26 août 1560 : devant les membres du conseil du roi, les secrétaires d’État et les chevaliers de l’ordre de Saint-Michel, l’amiral Coligny transmit au roi les doléances des protestants de Normandie, réclamant la liberté de culte. L’assemblée maintint le refus d’accorder aux réformés des lieux de culte, mais proposa la convocation à la fois d’un concile national et des états généraux du royaume — un premier pas vers la voie de la conciliation que Michel de l’Hôpital allait bientôt incarner.

Pendant que se dessinait ainsi une inflexion intérieure, un autre front, resté jusque-là extérieur au récit, se refermait sur un échec : depuis le mariage de François II avec Marie Stuart, la France tenait l’Écosse pour un prolongement de sa propre couronne, au prix d’une intervention militaire coûteuse contre les nobles protestants soulevés en 1559 sous la conduite de John Knox. La mort de la régente Marie de Guise, assiégée dans Édimbourg le 11 juin 1560, priva la France de son dernier appui sur place ; le traité d’Édimbourg, signé le 6 juillet suivant sans le consentement du roi et de la reine, imposa le retrait des troupes françaises et mit fin, de fait, à des siècles d’alliance franco-écossaise.

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Cette voie fut cependant compliquée par une nouvelle crise politique. Le 31 octobre 1560, l’arrestation de l’un de ses agents porteur de documents compromettants poussa le roi à faire arrêter le prince de Condé à Orléans, où la cour s’était rendue pour l’ouverture prochaine des états généraux. Soupçonné d’avoir été le « capitaine muet » de la conjuration d’Amboise sans que les Guise n’en détinssent toutefois de preuve écrite, Condé aurait été condamné à mort selon des sources protestantes — un fait que les historiens ne considèrent pas comme définitivement établi —, son exécution étant en tout cas ajournée par la maladie du roi lui-même.

C’est que François II, dès le 16 novembre 1560, avait été frappé d’une syncope, prélude à des douleurs devenues insupportables à l’oreille gauche. Les médecins de l’époque hésitèrent sur le diagnostic — mastoïdite, méningite, ou simple otite dégénérée en abcès —, et le chirurgien Ambroise Paré envisagea un temps une trépanation, à laquelle Catherine de Médicis se serait opposée en déclarant que « Dieu seul peut voir dans la tête d’un roi ». Le roi mourut le 5 décembre 1560, à l’hôtel Groslot d’Orléans, à l’âge de seize ans à peine, après un règne de dix-sept mois. Son frère cadet Charles, âgé de dix ans seulement, lui succéda sous le nom de Charles IX ; le 21 décembre, le Conseil privé confia à Catherine de Médicis le titre de « gouvernante de France », instaurant de fait sa régence, tandis que les Guise se retiraient de la cour et que Marie Stuart, désormais veuve, s’apprêtait à regagner son royaume d’Écosse. Le prince de Condé, dont Catherine avait désormais besoin comme contrepoids à l’influence guisarde, fut libéré dès le 20 décembre, la procédure engagée contre lui étant purement et simplement annulée. Les états généraux, ouverts entre-temps à Orléans le 13 décembre, s’ouvraient ainsi sous un tout autre signe que celui prévu quelques semaines plus tôt — celui d’une régence naissante, désormais tournée vers la recherche d’un compromis religieux que le règne de François II n’avait fait qu’entrevoir.

La mort de François II La mort de François II : Pierre Dupuy (1865), Public domain, via Wikimedia Commons

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🧠 À retenir

  • 10 juillet 1559 : François II devient roi à quinze ans ; le pouvoir échoit aussitôt aux Guise (François de Guise à l’armée, le cardinal de Lorraine aux finances, à la justice et à la diplomatie)
  • 21 septembre 1559 : sacre à Reims, présidé par le cardinal de Lorraine
  • 18-23 décembre 1559 : assassinat du président Minard puis exécution d’Anne du Bourg, referment une année de répression religieuse
  • Février-mars 1560 : conjuration d’Amboise, tentative avortée d’enlever le roi (La Renaudie, soutien discret du prince de Condé), suivie d’une répression très violente (entre 1 200 et 1 500 morts)
  • 7 mai 1560 : édit de Romorantin, transfère aux tribunaux épiscopaux le jugement des affaires d’hérésie
  • 30 juin 1560 : Michel de l’Hôpital nommé chancelier de France
  • 21-26 août 1560 : assemblée des notables de Fontainebleau, Coligny transmet les doléances protestantes normandes, convocation des états généraux décidée
  • 31 octobre 1560 : arrestation du prince de Condé à Orléans
  • 5 décembre 1560 : mort de François II, seize ans, après dix-sept mois de règne
  • 13-21 décembre 1560 : ouverture des états généraux d’Orléans, libération de Condé, régence de Catherine de Médicis pour Charles IX
  • Un règne éphémère mais déterminant : la tutelle des Guise, l’échec de la répression et l’esquisse d’une politique de conciliation y annoncent déjà les grandes lignes de fracture des guerres de Religion

Prochain chapitre : Charles IX et la régence de Catherine de Médicis


Zooms

La domination des Guise et la régence de fait

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Les origines de la crise protestante en France

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Les affaires écossaises et le traité d'Édimbourg

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L'édit de Romorantin, un compromis impossible

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Les funérailles et la mémoire de François II

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