La mort d'Henri II et la fin du règne

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Henri II : le roi chevaleresque et les guerres de Religion (1547-1559) · LA RENAISSANCE

Le 30 juin 1559, un tournoi donné rue Saint-Antoine pour célébrer la paix du Cateau-Cambrésis tourne au drame : Henri II, blessé à l’œil par la lance de Gabriel de Montgommery, agonise dix jours avant de mourir, laissant le trône à un fils de quinze ans et le royaume au bord des guerres de Religion.


🏟️ Le tournoi de la rue Saint-Antoine

Les noces d’Élisabeth de France avec Philippe II d’Espagne et de Marguerite de France, sœur du roi, avec le duc de Savoie, offrirent l’occasion de plusieurs jours de festivités destinées à célébrer la paix tout juste signée au Cateau-Cambrésis. Henri II en personne organisa un grand tournoi rue Saint-Antoine, alors la plus large voie de Paris, à quelques pas de l’hôtel des Tournelles, résidence royale où logeait la cour. Nobles et chevaliers s’y succédèrent plusieurs jours durant, sous les yeux des courtisans et d’une partie du peuple parisien venu assister au spectacle.

Le 30 juin, après avoir déjà rompu plusieurs lances dans la journée, le roi voulut affronter une dernière fois Gabriel de Lorges, comte de Montgommery, capitaine de sa garde écossaise, monté pour l’occasion sur un destrier dont le nom — « Malheureux » — devait acquérir, après coup, une résonance funeste.


⚔️ L’accident fatal

Au cours de la joute, les deux lances se brisèrent sous le choc. Emporté par son élan, Montgommery ne parvint pas à retenir le tronçon de la sienne, qui heurta violemment le heaume du roi au moment même où la visière, mal rabaissée, laissait le visage exposé. Un éclat de bois pénétra dans l’œil droit d’Henri II, qui fut désarçonné et tomba lourdement de cheval. Encore conscient malgré la gravité de la blessure, il fut aussitôt relevé par les courtisans accourus et transporté à l’hôtel des Tournelles.


🏥 L’agonie du roi

Une équipe de médecins se relaya à son chevet : François Pidoux, médecin ordinaire du roi, le chirurgien royal Ambroise Paré, et André Vésale, chirurgien personnel de Philippe II d’Espagne, appelé en urgence depuis Bruxelles. Les tentatives d’extraction des éclats de bois, associées aux saignées et aux cataplasmes en usage à l’époque, ne purent enrayer l’infection. Dix jours durant, du 30 juin au 10 juillet, le roi endura des souffrances que les témoins qualifièrent d’atroces, alternant moments de lucidité et accès de délire, jusqu’à s’éteindre le 10 juillet 1559, à l’âge de quarante ans.


📜 La légende de Nostradamus

La postérité rapprocha bientôt cette mort du quatrain I-35 des Centuries de Nostradamus :

Le jeune lion surmontera le vieux, en champ de guerre, en un duel singulier ; dans une cage d’or, il lui crèvera les yeux : deux blessures en une, puis mourir, mort cruelle.

Les deux duellistes portaient chacun un lion pour emblème, ce qui nourrit la légende après coup — mais aucun chroniqueur contemporain, à commencer par Brantôme, ne mentionne Nostradamus à propos de cet épisode, et l’interprétation du quatrain comme prophétie de la mort du roi ne remonte qu’à 1614, plusieurs décennies après les faits.


⚰️ Les funérailles

Le corps du roi fut embaumé, son cœur et ses entrailles portés séparément à l’église du couvent des Célestins, où un monument connu sous le nom des Trois Grâces devait plus tard abriter la relique — aujourd’hui conservé au musée du Louvre, le vase de cuivre d’origine ayant été remplacé par une copie en bois à la Restauration. Selon le cérémonial traditionnel des rois de France, une effigie royale richement vêtue — couronne fermée, tunique de satin violet semée de fleurs de lys, manteau d’hermine — fut exposée en public à partir du 29 juillet, à qui l’on servit les repas comme s’il s’agissait d’un être vivant ; le corps lui-même fut ensuite exposé du 5 au 11 août, avant que le cortège ne rejoigne Notre-Dame pour deux jours de requiem, puis la basilique Saint-Denis, où Henri II fut inhumé le 13 août 1559 aux côtés de Catherine de Médicis, sous un gisant sculpté par Germain Pilon en 1565. Ce tombeau fut profané pendant la Révolution : le 18 octobre 1793, le cercueil fut extrait du caveau des Valois et le corps jeté dans une fosse commune — seul le gisant, œuvre d’art épargnée, demeure aujourd’hui visible dans la basilique.


👑 La succession et ses suites

Son fils aîné, François II, âgé de quinze ans et marié depuis 1558 à Marie Stuart, lui succéda aussitôt, déléguant le pouvoir, avec l’accord de sa mère Catherine de Médicis, aux oncles de son épouse, les Guise — une véritable révolution de palais qui écarta du même coup Diane de Poitiers, éloignée de la cour dès l’avènement du nouveau roi. Quant à Gabriel de Montgommery, gracié par Henri II sur son lit de mort, il n’en fut pas moins banni de la cour et destitué de son commandement dès le premier conseil du nouveau règne ; réfugié un temps à Venise, converti au protestantisme en 1562 après le massacre de Wassy, il devint l’un des grands capitaines huguenots des guerres de Religion aux côtés de Coligny, avant d’être capturé en 1574 et décapité en place de Grève le 26 juin, en présence de Catherine de Médicis elle-même.


🧠 À retenir

  • 30 juin 1559 : lors d’un tournoi rue Saint-Antoine, Henri II est mortellement blessé à l’œil par Gabriel de Montgommery
  • 10 juillet 1559 : mort du roi après dix jours d’agonie, malgré les soins de Paré, Pidoux et Vésale
  • Le quatrain I-35 de Nostradamus, associé après coup à cette mort, ne fut interprété comme prophétique qu’à partir de 1614
  • 13 août 1559 : inhumation à Saint-Denis sous un gisant de Germain Pilon ; tombeau profané en 1793
  • Avènement de François II à quinze ans, pouvoir délégué aux Guise, Diane de Poitiers écartée de la cour
  • Montgommery, gracié puis banni, devint capitaine protestant avant d’être exécuté en 1574

Prochain chapitre : François II et les débuts des guerres de Religion.