Henri III : la crise finale des Valois et les guerres de la Ligue (1574-1589) · LA RENAISSANCE
L’assassinat d’Henri de Guise et de son frère le cardinal, les 23 et 24 décembre 1588, aurait pu décapiter durablement la Ligue catholique. Elle se redonna au contraire, en quelques semaines, une direction et une administration capables de tenir tête à la couronne pendant plusieurs années encore.
Bien avant l’assassinat des Guise, un noyau dirigeant parisien de la Ligue s’était constitué dès 1585 au couvent des Jacobins : d’abord réduit à cinq membres chargés de diriger la capitale selon un découpage en cinq quartiers, ce comité reprit peu après l’ancien découpage traditionnel de Paris en seize districts, chacun doté de son propre chef — d’où le nom de Conseil des Seize sous lequel l’organisation devint tristement célèbre. Après l’assassinat des Guise, les Seize prirent une part décisive dans le soulèvement de Paris : dès le 2 janvier 1589, des émeutiers proches du mouvement détruisirent les armoiries royales dans la ville, et le comité étendit son emprise sur l’administration municipale, purgeant les corps de la ville des éléments jugés trop modérés ou favorables au roi. En mars 1589, il structura encore davantage son contrôle en instituant, dans chacun des seize quartiers, un conseil local de neuf membres chargé du maintien de l’ordre et de la sécurité — un maillage serré qui fit longtemps de Paris une ville quasiment ingouvernable pour la couronne.
À l’échelle du royaume, la direction de la Ligue revint naturellement à Charles de Lorraine, duc de Mayenne, frère cadet des deux victimes de Blois. Après avoir levé des troupes en Bourgogne, dont il était gouverneur, il rejoignit Paris le 15 février 1589 et y fut proclamé chef de la Ligue et lieutenant général de l’État et couronne de France — un titre qui, en l’absence d’un roi ligueur régnant réellement, faisait de lui l’autorité exécutive de fait du parti catholique. Mayenne organisa alors un Conseil de l’Union générale, rassemblant des délégués des Seize parisiens et des représentants des trois ordres venus des provinces ligueuses, qu’il présida lui-même : une structure de gouvernement parallèle, capable de lever des troupes, de percevoir des contributions et de coordonner l’action des villes acquises à la Ligue à travers tout le royaume. Moins charismatique que son frère Henri, plus prudent aussi, Mayenne sut néanmoins donner à la Ligue, dans les mois qui suivirent l’assassinat de Blois, une capacité de résistance qui allait prolonger la guerre civile plusieurs années après la mort d’Henri III.
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