Henri IV, roi de France et de Navarre : la pacification du royaume et l'édit de Nantes (1589-1610) · LA RENAISSANCE
Surnommé le « Vert-Galant » par ses contemporains — un homme encore vert, c’est-à-dire vigoureux, et galant dans ses conquêtes amoureuses —, Henri IV tranchait par son style avec le raffinement précieux de ses prédécesseurs Valois. Cette proximité affichée avec le peuple et cette vie privée tumultueuse, largement assumée plutôt que dissimulée, contribuèrent autant que ses victoires militaires à forger la légende du « bon roi Henri ».
Physiquement robuste, le teint hâlé par des années de campagnes militaires, Henri IV cultivait une simplicité vestimentaire et une accessibilité qui contrastaient délibérément avec l’étiquette raffinée de la cour des derniers Valois. Il multipliait les déplacements à travers le royaume, s’entretenait volontiers avec paysans et artisans, et cherchait à se faire connaître comme un souverain à l’écoute de ses sujets plutôt que retranché derrière le protocole. Cette image, en partie construite par une propagande royale habile — médailles, estampes, chansons —, reposait néanmoins sur des succès réels : les victoires militaires, la pacification religieuse et le redressement économique menés avec Sully donnaient à cette proximité affichée un fondement concret.
Son pragmatisme politique, déjà illustré par la conversion de 1593 et par l’édit de Nantes, se doublait d’un art de la communication directe : discours simples, lettres dépouillées de formules protocolaires, gestes symboliques calculés pour toucher l’opinion. Cette capacité à se rendre populaire, rare chez les souverains de son temps, explique en grande partie pourquoi son assassinat, en 1610, provoqua un deuil aussi spontané dans l’ensemble du royaume.
La vie amoureuse d’Henri IV, aussi célèbre que ses campagnes militaires, commença dès sa jeunesse avec Corisande d’Andoins, comtesse de Guiche, sa maîtresse et conseillère politique entre 1578 et 1587. Mais c’est Gabrielle d’Estrées, rencontrée en 1590 pendant le siège de Paris, qui demeura la favorite la plus aimée : leur relation, presque officielle, donna naissance à trois enfants légitimés — dont César de Vendôme — et faillit conduire, avant la mort brutale de Gabrielle en 1599, à un mariage qui aurait bouleversé la succession des Bourbons.
Après ce deuil, Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil, prit sa place dans le cœur du roi, non sans obtenir de lui, en 1599, une promesse de mariage conditionnelle qu’Henri IV ne tint finalement pas — source de rancunes et de complots répétés de la part de la favorite, à peine apaisés par la naissance de ses deux enfants légitimés, Gaston-Henri de Verneuil et Gabrielle-Angélique. D’autres liaisons plus brèves complétèrent cette réputation de séducteur infatigable, telles que celles avec Jacqueline de Bueil, dont naquit en 1607 le futur comte de Moret, ou avec Charlotte des Essarts, dernière maîtresse en titre du roi.
De son premier mariage avec Marguerite de Valois, célébré en 1572 et resté stérile, Henri IV n’eut aucun enfant — un problème qui, jusqu’à l’annulation du mariage en 1599, laissa la succession des Bourbons en suspens et fit du prince de Condé, son cousin protestant, l’héritier présomptif du trône. Le remariage avec Marie de Médicis en 1600 leva enfin cette incertitude : le couple eut six enfants légitimes, à commencer par le dauphin Louis (futur Louis XIII, né en 1601), suivi d’Élisabeth (1602, future reine d’Espagne), de Christine (1606, future duchesse de Savoie), de Nicolas (1607, mort en bas âge), de Gaston (1608, futur duc d’Orléans) et d’Henriette-Marie (1609, future reine d’Angleterre).
À ces héritiers légitimes s’ajoutait une nombreuse descendance naturelle, dont Henri IV reconnut et légitima la plupart des enfants, les élevant à la cour aux côtés des siens et les dotant richement pour s’attacher, à travers eux, la fidélité de leurs familles maternelles. Cette politique, coûteuse pour le trésor royal et source de jalousies constantes entre la reine et les anciennes favorites, contribua néanmoins à ancrer durablement la nouvelle dynastie dans le tissu de la haute noblesse française — un objectif que la naissance du dauphin, en assurant enfin une succession incontestable, vint définitivement consacrer.
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