
1589 à 1610
Le 2 août 1589, au chevet d’Henri III mourant, Henri de Bourbon, roi de Navarre, devint roi de France sous le nom d’Henri IV — premier souverain de la maison de Bourbon, mais roi que la majeure partie du royaume, tenue par la Ligue catholique, refusait alors de reconnaître. Protestant à la tête d’un pays resté très majoritairement catholique, il n’héritait dans l’immédiat que d’un titre contesté, qu’il allait devoir conquérir, faute de légitimité incontestable, les armes à la main.
Ce nouveau roi recevait en partage un royaume exsangue : trente ans de guerres de Religion avaient ruiné les finances de la couronne, dévasté des provinces entières et laissé une noblesse habituée à négocier, voire à trahir, les armes en main. Paris lui restait fermée, l’Espagne de Philippe II soutenait activement ses adversaires, et la question religieuse — un roi protestant pouvait-il légitimement régner sur un royaume catholique ? — empoisonnait chaque étape de son accession réelle au pouvoir.
Le règne d’Henri IV se caractérisa par un pragmatisme constant, préférant toujours la solution la plus efficace à la plus orthodoxe : la victoire militaire quand elle était possible, la négociation quand elle s’imposait, la conversion religieuse quand elle seule pouvait débloquer une situation figée depuis des années. Ce roi de guerre devenu pacificateur, puis bâtisseur, incarna une transition rare dans l’histoire de la monarchie française — celle d’un chef de parti devenu roi de tous ses sujets, y compris ceux qui l’avaient combattu le plus longtemps.
Le règne se déploya selon plusieurs axes indissociables. Sur le plan militaire, la reconquête du royaume par les armes (Arques, Ivry, les sièges de Paris, de Rouen et d’Amiens) précéda et conditionna toute reconnaissance politique durable. Sur le plan religieux, la conversion de 1593 et l’édit de Nantes de 1598 refermèrent, l’un après l’autre, les deux grandes fractures ouvertes par les guerres civiles. Sur le plan intérieur, l’action de Sully redressa des finances royales exsangues et permit d’assurer, avec la naissance du dauphin Louis en 1601, la pérennité de la dynastie naissante. Sur le plan extérieur enfin, la paix de Vervins, l’expansion coloniale en Acadie et à Québec, puis la crise de Clèves-Juliers, dessinèrent les linéaments d’une politique européenne affirmée face aux Habsbourg — politique que l’assassinat du roi, le 14 mai 1610, interrompit à trois jours seulement de son aboutissement militaire.
Le règne d’Henri IV occupe ainsi une place charnière dans l’histoire de France : dernier grand épisode des guerres de Religion et premier acte de la dynastie des Bourbons, il referme un cycle de violence civile ouvert en 1562 tout en posant, par la reconstruction financière et administrative qu’il engagea, les fondations sur lesquelles ses successeurs allaient bâtir la monarchie absolue. Sa mort brutale, à l’instant même où le royaume semblait enfin retrouver la stabilité et la puissance, devait durablement marquer la mémoire collective française, qui allait faire de lui la figure la plus populaire de tous les rois de France.
Proclamé roi le 2 août 1589 au chevet d’Henri III mourant, Henri de Bourbon, roi de Navarre, devenu Henri IV, n’héritait dans l’immédiat que d’un titre largement contesté : la majeure partie du royaume, tenue par la Ligue catholique et son chef le duc de Mayenne, refusait de reconnaître ce souverain protestant, et Paris lui restait fermée. Sa légitimité, il allait devoir la conquérir les armes à la main, dans une série de campagnes qui, dès la première année de règne, révélèrent un chef de guerre d’une habileté inattendue.
Conscient que la seule force militaire ne suffirait pas à asseoir son autorité, Henri IV répondit dès le 4 août 1589 par un geste politique décisif : la déclaration de Saint-Cloud, dans laquelle il s’engageait solennellement à maintenir le catholicisme comme religion du royaume et à réunir les états généraux pour trancher les questions les plus contestées. Ce texte, publié deux jours seulement après son avènement, visait à rassurer les catholiques modérés — les « politiques » — que la seule perspective d’un roi protestant inquiétait sans pour autant les pousser dans les bras de la Ligue ; il explique en grande partie pourquoi une partie de la noblesse et plusieurs villes catholiques choisirent, dans les mois qui suivirent, de ne pas rejoindre le camp de Mayenne.
Le premier test militaire survint dès le mois de septembre. Charles de Lorraine, duc de Mayenne, marcha contre le nouveau roi à la tête d’une armée forte de 30 000 à 35 000 hommes, contre seulement 15 000 pour Henri IV, qui choisit de se retrancher dans un camp fortifié autour du château d’Arques, près de Dieppe. Du 15 au 29 septembre 1589, les assauts répétés des Ligueurs se brisèrent sur l’artillerie royale ; le salut vint finalement de la mer, lorsque, en moins de trois jours à partir du 23 septembre, des renforts anglais dépêchés par Élisabeth Ire — cinquante hommes, puis 1 200 Écossais, puis 4 000 soldats supplémentaires — débarquèrent pour appuyer le roi. Mayenne, mis en déroute, dut se replier en désordre : la bataille d’Arques offrit à Henri IV sa première victoire retentissante et démontra, contre toute attente, la viabilité militaire de sa cause.
Six mois plus tard, une seconde confrontation, plus décisive encore, se joua dans la plaine de Saint-André, entre Nonancourt et Ivry. Le 14 mars 1590, l’armée royale — 8 000 fantassins et 2 000 cavaliers, appuyés de seulement quatre canons et deux couleuvrines — affronta les forces de Mayenne, renforcées de contingents espagnols et très supérieures en nombre. Avant l’engagement, Henri IV aurait lancé à ses hommes la formule restée célèbre : « Ralliez-vous à mon panache blanc », popularisant durablement l’ornement blanc de son casque comme symbole de sa présence au plus fort de la mêlée. Malgré l’infériorité numérique, la bataille d’Ivry tourna à l’avantage du roi : environ 6 000 morts du côté catholique, la prise de cinq canons, de tous les drapeaux ennemis, de la cornette de Mayenne lui-même et de l’étendard du comte d’Egmont.
Henri IV à la bataille d’Ivry : Peter Paul Rubens et Pieter Snayers, Public domain, via Wikimedia Commons
Fort de cette double victoire, Henri IV résolut de porter le coup décisif en s’attaquant directement à la capitale ligueuse. À partir du 8 mai 1590, il installa son artillerie sur les hauteurs de Montmartre et de Montfaucon et entreprit le siège de Paris, défendue par le duc de Nemours, dans l’espoir d’étrangler par la famine une ville trop peuplée pour tenir longtemps sans ravitaillement. L’abbaye de Montmartre, réquisitionnée pour loger le roi et son artillerie, devait rester associée à un épisode resté célèbre dans la mémoire locale : c’est là que le roi rencontra la jeune Marie de Beauvilliers, religieuse à peine âgée de seize ans, qu’il fit nommer abbesse quelques années plus tard, en 1597-1598.
Henri IV et l’abbesse de Montmartre : Pierre-Auguste Vafflard, Public domain, via Wikimedia Commons
Le calcul se révéla exact mais terriblement coûteux : le blocus provoqua une famine dévastatrice, causant entre 30 000 et 45 000 morts parmi les 200 000 à 220 000 habitants de la capitale.
Henri IV assiégeant Paris : Anonyme, Public domain, via Wikimedia Commons
Dans un geste resté célèbre, Henri IV consentit malgré tout à laisser passer des sacs de grain destinés aux non-combattants les plus démunis. Mais fin août 1590, alors que Paris semblait sur le point de céder, une armée espagnole commandée par Alexandre Farnèse, duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, vint menacer les positions royales : Henri IV dut se résoudre à lever le siège, mesurant pour la première fois l’ampleur du soutien que l’Espagne de Philippe II était prête à apporter à la Ligue.
Fort de ses victoires de terrain mais toujours incapable de percer la résistance espagnole, Henri IV porta ensuite son effort sur la Normandie. De décembre 1591 à mai 1592, appuyé de contingents anglais et hollandais, il mit le siège devant Rouen, défendue pour la Ligue par l’amiral André de Brancas, seigneur de Villars. Le roi lui-même fut blessé en février 1592 lors d’un engagement près d’Aumale, mais le sort de la ville se joua surtout à l’extérieur de ses murs : le duc de Parme intervint une seconde fois en France, à la tête de 18 000 hommes, pour porter secours à la place assiégée. Lors des combats livrés devant Caudebec entre le 20 et le 25 avril 1592, il fut lui-même blessé au bras, mais parvint néanmoins à contraindre Henri IV à lever le siège de Rouen quelques semaines plus tard — un nouvel échec qui confirma, après celui de Paris, l’impossibilité pour le roi de l’emporter militairement tant que l’Espagne soutiendrait activement la Ligue.
Ce blocage stratégique connut cependant un tournant inattendu à la fin de l’année. Affaibli par sa blessure et par une santé déclinante, Alexandre Farnèse mourut le 3 décembre 1592 à l’abbaye Saint-Vaast d’Arras, sans avoir eu le temps d’apprendre que Philippe II, agacé par les rumeurs colportées à la cour de Madrid, venait de le démettre de son poste de gouverneur des Pays-Bas. Avec lui disparaissait le commandant militaire le plus redoutable de la coalition hispano-ligueuse, et l’effort de guerre catholique en sortit durablement affaibli, au moment même où s’ouvrait une nouvelle tentative de règlement politique de la crise.
Le 26 janvier 1593, en effet, s’ouvrirent à Paris les états généraux de la Ligue, convoqués pour trancher enfin la question de la succession. Le 2 avril, le duc de Feria, ambassadeur d’Espagne, y annonça la candidature au trône de l’infante Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Philippe II et petite-fille d’Henri II par sa mère Élisabeth de Valois — candidature aussitôt rejetée par l’assemblée, la loi salique excluant toute transmission de la couronne par les femmes. Cet échec ouvrit la voie à des négociations directes : entre fin avril et fin mai 1593, la conférence de Suresnes réunit douze délégués de la Ligue, dont Pierre d’Épinac, archevêque de Lyon, face à huit représentants royalistes conduits par Renaud de Beaune, archevêque de Bourges.
C’est dans ce climat que mûrit la décision qui allait débloquer la crise. Le 17 mai 1593, Henri IV fit annoncer son intention de se convertir au catholicisme. Convoquant à Saint-Denis une vingtaine de prélats et docteurs catholiques, il reçut le 23 juillet de quatre d’entre eux — les évêques de Bourges, du Mans, d’Évreux et de Nantes — une instruction religieuse de cinq heures sans interruption ; le lendemain, 24 juillet, une profession de foi fut rédigée et signée par le roi après quelques discussions. Le 25 juillet 1593, en l’abbaye de Saint-Denis, il abjura enfin solennellement le protestantisme et reçut l’absolution des mains de Renaud de Beaune. La formule qui lui est traditionnellement prêtée à cette occasion, « Paris vaut bien une messe », est en réalité apocryphe : elle n’apparaît dans aucune source contemporaine et ne fut attribuée pour la première fois — à Sully, non au roi — que soixante-neuf ans plus tard, dans un texte de 1662. Les historiens s’accordent en revanche sur le caractère essentiellement politique de cette conversion, dont l’effet fut immédiat : le soir même, des feux de joie illuminèrent la route de Paris à Pontoise, et les Parisiens qui avaient assisté à la cérémonie commencèrent à regarder leur roi avec une sympathie nouvelle.
La conversion porta rapidement ses fruits. Le 27 février 1594, Henri IV fut sacré roi de France en la cathédrale de Chartres — et non à Reims, restée aux mains des troupes de Mayenne et donc inaccessible. Trois semaines plus tard, le 22 mars 1594, il fit une entrée triomphale dans Paris, rendue possible par la complicité du gouverneur de la ville, le duc de Brissac, qui avait secrètement négocié la reddition de la capitale plutôt que de risquer un nouveau siège meurtrier. Cette double cérémonie, sacre puis entrée dans la ville la plus rétive à sa cause, acheva de faire d’Henri IV, aux yeux d’une majorité de Français, un roi de fait autant que de droit. Tout au long de son règne, le roi entretint d’ailleurs publiquement cette légitimité sacrée en pratiquant le rituel du toucher royal des écrouelles, hérité du Moyen Âge : geste destiné à démontrer, par la guérison miraculeuse qu’il était censé opérer, la réalité de son onction divine — démonstration d’autant plus utile pour un roi dont la sincérité de la conversion continuait, chez certains catholiques, de susciter des doutes.
Henri IV touche les écrouelles : Pierre Firens, Public domain, via Wikimedia Commons
Entrée de Henri IV à Paris, 22 mars 1594 : François Gérard, Licence CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
La menace, cependant, n’avait pas disparu de l’intérieur du royaume. Le 27 décembre 1594, un jeune homme de dix-neuf ans, Jean Châtel, s’introduisit auprès du roi et, alors qu’Henri IV se penchait pour relever deux courtisans agenouillés devant lui, le frappa au visage d’un coup de couteau, lui blessant la lèvre supérieure et lui faisant perdre une dent. Châtel fut exécuté dès le 29 décembre, sa main brûlée au soufre, au plomb et à la cire avant son supplice. L’attentat, imputé à l’influence des jésuites qui avaient formé le jeune homme, entraîna leur expulsion collective du royaume par décret solennel ; le père Guignard fut pendu, tandis que le précepteur de Châtel et un autre jésuite furent condamnés au bannissement perpétuel.
Débarrassé pour l’essentiel de la menace ligueuse intérieure, Henri IV put alors se tourner vers l’adversaire qui n’avait cessé de soutenir la Ligue depuis les Pays-Bas : l’Espagne. Le 17 janvier 1595, sur avis de ses ministres, il déclara officiellement la guerre à Philippe II et fit envahir la Franche-Comté, territoire habsbourgeois choisi pour couper le Camino Español — la route terrestre par laquelle l’Espagne acheminait troupes et ressources vers les Pays-Bas espagnols en contournant le royaume par ses frontières est et nord-est. La confrontation décisive survint le 5 juin 1595 à Fontaine-Française, en Bourgogne : parti de Dijon dès quatre heures du matin à la tête d’à peine 3 000 hommes renforcés de paysans locaux, Henri IV affronta une armée hispano-ligueuse de plus de 12 000 hommes commandée par Juan Fernández de Velasco, gouverneur de Milan, et par Mayenne lui-même. Voyant le maréchal de Biron encerclé, le roi chargea en personne à la tête de sa cavalerie et dispersa les troupes espagnoles avec une telle impétuosité que Velasco, convaincu d’affronter une armée bien plus nombreuse, repassa la Saône dès le lendemain. Le bilan — six morts côté français contre cent vingt morts, deux cents blessés et soixante prisonniers côté adverse — consacra une victoire dont la portée dépassait largement son ampleur tactique : la Ligue cessait, à partir de cette date, d’exister comme menace militaire sérieuse, même si la paix formelle avec l’Espagne devrait encore attendre trois ans.
Bataille de Fontaine-Française : Anonyme, Public domain, via Wikimedia Commons
Restait à refermer la dernière plaie ouverte par la conversion : la rupture avec Rome. Le 17 septembre 1595, le pape Clément VIII prononça solennellement, sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, l’absolution d’Henri IV, mettant fin à son excommunication et rétablissant les relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, interrompues depuis 1588. Le roi, resté en France, s’y fit représenter par deux de ses agents, d’Ossat et du Perron — tous deux appelés à devenir cardinaux —, qui reçurent à genoux, devant un trône pontifical richement dressé pour l’occasion, les coups symboliques de la baguette pontificale en son nom. Avec cette réconciliation, la crise de légitimité religieuse qui pesait sur le règne depuis 1589 se trouvait enfin résolue dans son intégralité.
La victoire de Fontaine-Française avait brisé l’échine militaire de la Ligue ; il restait à Henri IV à en recueillir les derniers fruits politiques. Après sa défaite, la perte de la Bourgogne et le ralliement de nombreux princes à la couronne, Charles de Mayenne se résolut à son tour à la soumission : le 24 janvier 1596, le traité de Folembray consacra sa réconciliation avec le roi, qui lava au passage les princes de Lorraine de l’accusation de régicide portée contre eux depuis l’assassinat d’Henri III. Mayenne dut renoncer au gouvernement de Bourgogne, mais reçut en compensation celui d’Île-de-France, hors Paris, ainsi que trois places fortes pour six ans — Châlons-sur-Saône, Seurre et Soissons. Le 31 janvier, il se présenta en personne au château de Monceaux, où l’accueillit Gabrielle d’Estrées, et s’agenouilla par trois fois devant le roi, sa corpulence rendant la scène presque comique aux yeux des témoins. Ce ralliement, comme ceux des autres derniers chefs ligueurs, eut un coût considérable pour le trésor royal : plus de dix millions de livres au total, soit environ la moitié du budget annuel de la monarchie au tournant du siècle.
Cette saignée financière, ajoutée à des décennies de guerre civile, laissait les finances royales dans un état catastrophique : le déficit annuel atteignait alors environ 18 millions de livres, et une bonne partie des revenus de la couronne se trouvait aliénée à des créanciers. Sur la proposition de Pomponne de Bellièvre, Henri IV convoqua à cet effet une assemblée des notables, réunie à Rouen du 4 novembre 1596 au 26 janvier 1597 : quatre-vingts à quatre-vingt-quatorze délégués — nobles, prélats, officiers de finances et notables des villes — y siégèrent en trois chambres et découvrirent, non sans stupeur, l’ampleur réelle des dépenses de la cour. Leurs délibérations débouchèrent sur un avis réclamant la séparation stricte du budget de l’État et de celui de la maison du roi — première étape d’un effort de redressement financier que la reconstruction du royaume, dans les années suivantes, allait porter à son terme.
L’Espagne, cependant, n’avait pas renoncé à peser sur le cours des événements. Le 11 mars 1597, le gouverneur espagnol de Doullens, Hernán Tello de Portocarrero, s’empara d’Amiens par un coup de main resté célèbre pour son ingéniosité : une trentaine de soldats espagnols, déguisés en paysans et chargés de hottes et de paniers de noix, s’approchèrent des portes de la ville comme de simples marchands se rendant au marché ; au moment voulu, quelques sacs furent volontairement éventrés pour distraire les gardes, tandis que des troupes embusquées s’emparaient de la porte. La perte de cette place stratégique en Picardie, à quelques jours de marche de Paris, représentait une menace directe pour la capitale. Henri IV réagit sans tarder : dès le mois de mai, le maréchal de Biron mit le siège devant la ville. Un assaut lancé le 4 septembre échoua, mais Portocarrero y trouva la mort, frappé d’un coup d’arquebuse ; son successeur se retrancha dans l’attente d’une armée de secours de 25 000 hommes conduite par l’archiduc Albert d’Autriche, qui parvint sous les murs d’Amiens le 20 septembre sans parvenir à percer les lignes françaises, dont l’artillerie eut raison de ses assauts. Amiens capitula le 25 septembre 1597, mettant un terme définitif à la menace espagnole sur le nord du royaume.
Henri IV devant Amiens : Anonyme, Licence CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
Ces deux succès, l’un politique, l’autre militaire, ouvrirent la voie à la double résolution qui allait clore près de quatre décennies de guerres civiles et étrangères. Le 13 avril 1598, Henri IV signa à Nantes l’édit de Nantes : quatre-vingt-douze articles publics, complétés de cinquante-six articles secrets et de deux brevets financiers, organisant la liberté de conscience des protestants sur tout le territoire, un exercice restreint mais garanti de leur culte, une soixantaine de places de sûreté fortifiées où ils pouvaient trouver refuge, et le versement par le trésor royal de subsides annuels destinés à leurs pasteurs et à leurs académies. Trois semaines plus tard, le 2 mai 1598, la paix de Vervins mit fin à la guerre franco-espagnole en reprenant, pour l’essentiel, les termes du traité de Cateau-Cambrésis signé trente-neuf ans plus tôt : l’Espagne évacua Calais, Doullens, Ardres et Blavet, tandis que Philippe II renonçait formellement à toute prétention au trône de France. Le royaume, pour la première fois depuis 1562, se trouvait enfin pacifié aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.
Cette double victoire trouva bientôt une traduction allégorique dans l’entourage artistique du roi : peint vers 1600 dans le cercle du peintre Toussaint Dubreuil, un tableau représenta Henri IV sous les traits d’Hercule terrassant l’hydre de Lerne — figure explicitement désignée, selon son titre, comme celle de la Ligue vaincue.
Henri IV en Hercule terrassant l’hydre de Lerne : Atelier de Toussaint Dubreuil, Public domain, via Wikimedia Commons
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La paix conquise, il fallait maintenant reconstruire un royaume exsangue. Dès 1598, Maximilien de Béthune, baron de Rosny — futur duc de Sully —, ami de longue date et compagnon d’armes du roi, se vit confier de facto la direction des finances, même si son titre de surintendant ne serait officiellement consigné dans les actes royaux qu’à la fin de 1601. Sa méthode, faite de rigueur et d’économie plutôt que d’expédients, produisit des résultats rapides : il remit vingt millions de livres d’arriérés accumulés sur la taille, avant de réduire l’impôt lui-même de cinq millions supplémentaires, tout en supprimant nombre d’offices inutiles et les largesses distribuées aux grands, pratique dispendieuse héritée du règne d’Henri III. Cette gestion permit d’économiser en moyenne un million de livres par an entre 1600 et 1610 — un redressement qui, sans effacer d’un coup des décennies de dette, redonnait pour la première fois depuis longtemps une marge de manœuvre réelle à la couronne.
Cette même période vit aussi Henri IV régler par les armes un contentieux resté en suspens depuis la paix de Vervins : la possession du marquisat de Saluces, que le pape Clément VIII, chargé d’arbitrer le différend avec le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie, n’était jamais parvenu à trancher. Excédé, le roi déclara la guerre à la Savoie le 11 août 1600 et prit lui-même la tête des opérations depuis son quartier général de Grenoble, établi dès le 5 juillet. Une armée d’environ 8 000 hommes, rapidement portée à 16 000 par l’apport de lansquenets allemands, de milices provinciales et des régiments de Picardie, du Piémont, de Champagne et de Navarre, appuyée par l’artillerie de Sully, se répartit sur plusieurs fronts : Biron conquit la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, s’emparant de Bourg-en-Bresse dès le 13 août, tandis que Lesdiguières, avec environ 3 500 hommes, menait la campagne de Tarentaise et de Maurienne. Le siège le plus disputé fut celui de Montmélian, l’une des citadelles les plus réputées d’Europe : la ville tomba après deux jours de combats dès le 17 août, mais la citadelle, défendue par trois cents hommes et trente canons sous le commandement du comte de Brandis, ne capitula que le 16 novembre, après que les bombardements d’une artillerie française déployée en sept batteries de trente et un canons eurent eu raison de l’espoir d’une armée de secours ; les vainqueurs y saisirent trente-six pièces d’artillerie.
Henri IV au siège de Montmélian : Ange-Louis Janet, Public domain, via Wikimedia Commons
Le 17 janvier 1601, le traité de Lyon vint conclure ce conflit à l’avantage de la France : la Savoie cédait définitivement la Bresse, le Bugey, le pays de Gex et le Valromey, ne conservant en échange que le marquisat de Saluces, objet initial du différend. Dix jours à peine après la signature de ce traité, l’un de ses artisans les plus efficaces sur le terrain, le maréchal de Biron, scellait à Soma les accords secrets qui allaient le conduire à la trahison — une ironie de calendrier qui devait illustrer, l’année suivante, l’instabilité chronique de la fidélité nobiliaire face aux tentations étrangères.
La reconstruction du royaume passait aussi par celle de la dynastie elle-même. Le mariage d’Henri IV avec Marguerite de Valois, resté sans postérité et vidé de tout contenu politique depuis des années, faisait l’objet d’une procédure d’annulation engagée dès le printemps 1593 — mais celle-ci resta bloquée plusieurs années, Marguerite refusant de signer tant que le roi s’obstinait à vouloir épouser sa maîtresse du moment, Gabrielle d’Estrées, à qui Henri IV avait annoncé, début 1599, son intention de donner la couronne avant la fin de l’année.
Les Adieux d’Henri IV à Gabrielle d’Estrées : Eugénie Latil, Licence CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
Le projet fut brutalement interrompu le 10 avril 1599, lorsque Gabrielle mourut à Paris dans d’atroces convulsions, probablement d’une éclampsie, enceinte d’un quatrième enfant qui ne survécut pas. Sa disparition, aussi douloureuse fût-elle pour le roi, leva l’obstacle qui bloquait la procédure : le 24 octobre 1599, le pape Clément VIII put enfin prononcer la bulle d’annulation du mariage avec Marguerite de Valois, pour des motifs relevant moins de la théologie que de la raison d’État — un roi qui venait de reconquérir son trône par les armes et la conversion ne pouvait laisser sa succession dépendre d’un mariage stérile. Le remariage suivit sans tarder : le 5 octobre 1600, à Florence, Marie de Médicis épousa le roi par procuration, représenté pour l’occasion par Roger de Bellegarde.
Le Mariage par procuration de Marie de Médicis et d’Henri IV : Peter Paul Rubens, Public domain, via Wikimedia Commons
La nouvelle reine gagna ensuite Marseille puis remonta la vallée du Rhône jusqu’à Lyon, où Henri IV la rejoignit le 10 décembre. La cérémonie fut célébrée en personne le 17 décembre 1600, par le cardinal légat Aldobrandini.
L’union porta ses fruits dès l’année suivante. Le 27 septembre 1601, au château de Fontainebleau, Marie de Médicis mit au monde, après un travail de plus de vingt-deux heures, un fils prénommé Louis — le futur Louis XIII. Conformément à l’usage monarchique voulant que l’accouchement se déroulât en public afin d’écarter tout doute sur la légitimité de l’enfant, la naissance eut lieu dans le cabinet du roi, jugé plus vaste que la chambre de la reine. Cet événement revêtait une portée considérable : c’était le premier héritier mâle légitime qu’un souverain français mettait au monde depuis Henri II, un demi-siècle plus tôt. Après tant d’années d’incertitude dynastique qui avaient nourri les guerres civiles, la couronne des Bourbons, à peine née, se trouvait enfin assurée d’une descendance.
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La paix retrouvée et la dynastie assurée ne suffisaient pas encore à garantir l’autorité du roi sur sa propre noblesse. Charles de Gontaut, duc de Biron, amiral puis maréchal de France, gouverneur de Bourgogne et pair du royaume, illustrait à lui seul ce danger persistant : glorifié pour son rôle décisif à Arques et à Ivry, comblé d’honneurs par un roi qui le considérait comme un ami et un compagnon d’armes, il demeurait pourtant, selon le mot des chroniqueurs, « éternellement insatisfait des bienfaits dont le roi le comblait ». Dès 1598, à l’occasion des négociations de Vervins, il se laissa approcher par les agents de Charles-Emmanuel de Savoie, qui lui fit miroiter la main de sa troisième fille et la souveraineté sur la Bourgogne et la Franche-Comté en échange d’un soulèvement contre Henri IV.
Le complot se noua formellement le 27 janvier 1601, lorsque Jacques de La Fin, agent et émissaire de Biron, rencontra à Soma les représentants de la Savoie et de l’Espagne — Charles-Emmanuel, Fuentes et Ledesma — pour sceller les termes de l’engagement du maréchal. D’autres grands seigneurs se trouvaient mêlés à l’affaire, au premier rang desquels Charles de Valois, comte d’Auvergne, et Henri de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon. Henri IV, déjà instruit d’une première trahison de Biron à Lyon qu’il avait choisi de pardonner, tenta une seconde fois d’obtenir de lui un aveu sincère et un repentir qui lui auraient permis, une fois encore, de fermer les yeux — mais Biron, convaincu de son impunité, refusa obstinément de se confier au roi.
La conjuration s’effondra d’elle-même en mars 1602, lorsque La Fin, brouillé avec son maître, vint dénoncer le complot à Henri IV, alors à Fontainebleau. Dans la nuit du 13 au 14 juin 1602, Biron fut arrêté au château même de Fontainebleau et conduit à la Bastille. Son procès pour haute trahison s’ouvrit le 17 juin devant les conseillers du Parlement de Paris — les pairs du royaume ayant refusé d’y siéger —, et l’accusé fut confronté à son dénonciateur le 14 juillet. Comparant le 27 juillet, Biron fut condamné à mort le 29.
L’exécution eut lieu le 31 juillet 1602, mais non place de Grève comme le prévoyait la sentence : Henri IV fit décapiter son ancien compagnon d’armes dans l’enceinte close de la Bastille, geste dont il justifia lui-même le caractère privé « pour ses proches parents » et « pour tesmoigner l’affection que je luy ay portée ». Jusqu’au bout fidèle à son orgueil, Biron laissa éclater dans la cour de la Bastille toute sa hargne contre le roi : on lui banda les yeux, il arracha le bandeau ; on l’agenouilla, il se releva et arracha le bandeau une seconde fois, criant qu’il voulait « voir le ciel encore une fois ». Le coup d’épée final, lorsqu’il fut enfin porté, le fut avec une telle précision que les témoins en remarquèrent à peine le geste. Cette exécution, à la fois rigoureuse dans son principe et discrète dans sa forme, rappela à l’ensemble de la grande noblesse française que la fidélité au roi ne souffrait, désormais, aucune tractation avec l’étranger. La leçon, cependant, ne frappa pas tous les conjurés avec la même sévérité : le comte d’Auvergne, arrêté en même temps que Biron et lui aussi coupable d’aveux compromettants, fut relâché presque aussitôt grâce à l’intervention de sa demi-sœur, de sa tante la duchesse d’Angoulême et de son beau-père — il ne serait réincarcéré, plus durement cette fois, qu’en novembre 1604 —, tandis que le duc de Bouillon, un temps inquiété, trouva refuge dans sa principauté de Sedan et mesura longtemps encore le poids de cet avertissement.
Ces années de stabilité retrouvée virent aussi se diffuser, dans l’art de cour, une image glorifiée du souverain : c’est ainsi que, vers 1605-1606, la galerie de Diane du château de Fontainebleau s’enrichit d’un portrait d’Henri IV en Mars, dieu romain de la guerre, célébrant rétrospectivement la vaillance militaire du roi plus d’une décennie après ses campagnes de reconquête.
Portrait d’Henri IV en Mars : Jacob Bunel, Licence CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
Pendant que le roi consolidait son autorité en France, son regard se porta aussi au-delà de l’Atlantique. En 1603, Henri IV nomma Pierre Dugua de Mons son « lieutenant général en Amérique septentrionale » et lui accorda le monopole du commerce des fourrures, en échange de l’obligation de peupler la contrée — cent colons la première année, cinquante par an ensuite — et d’y implanter le christianisme. Dès l’été 1604, Dugua, accompagné de Samuel de Champlain et de Jean de Biencourt, fit édifier une habitation sur l’île Sainte-Croix, en Acadie, premier établissement européen doté d’une mission permanente en Amérique du Nord. L’hiver s’y révéla si rigoureux que la petite colonie dut être transférée en août 1605 à Port-Royal, site mieux abrité. Mais l’entreprise se heurta bientôt à l’hostilité des marchands privés de commerce des fourrures, en particulier ceux de Rouen, dont les plaintes répétées poussèrent Henri IV à suspendre le monopole de Dugua : l’aventure acadienne s’éteignit peu à peu vers 1606-1607.
Dugua ne renonça pas pour autant à ses ambitions nord-américaines. En 1608, il obtint le renouvellement de son monopole pour une seule année — mais cela suffit à financer une nouvelle expédition, cette fois vers le fleuve Saint-Laurent, dont il resta l’instigateur et le bailleur de fonds tandis que Champlain en assurait la conduite. Le 3 juillet 1608, Champlain fonda Québec, sur un promontoire fréquenté par les populations autochtones depuis près de trois mille ans, et y fit bâtir en quelques jours une habitation de bois destinée à abriter vingt-huit hommes.
Champlain construisant son Habitation à Québec : Charles William Jefferys, Public domain, via Wikimedia Commons
Ce premier établissement français durable en Amérique faillit pourtant s’éteindre dès son premier hiver : le scorbut emporta durant l’hiver 1608-1609 une majorité des occupants de l’habitation — les récits divergent sur le nombre exact des victimes, entre seize et vingt hommes selon les sources —, et les survivants ne reçurent des vivres de secours qu’en avril 1609. Malgré cette épreuve, Québec allait devenir le cœur de la future Nouvelle-France.
Sur la scène européenne, la diplomatie d’Henri IV restait dominée, tout au long de cette période, par la rivalité de fond avec les Habsbourg, maîtres à la fois de Madrid et de Vienne. En août 1604, le traité de Londres mit fin à la guerre anglo-espagnole entre Philippe III et Jacques Ier d’Angleterre, redessinant les équilibres diplomatiques dont la France devait tenir compte. Deux ans plus tard, en 1606, l’ultime grande offensive espagnole contre les Provinces-Unies échoua aux Pays-Bas, affaiblissant durablement la position des Habsbourg dans la région. Ce contexte poussa les principautés protestantes d’Allemagne, en quête d’appuis face à Madrid et Vienne, à se tourner vers la Hollande, l’Angleterre et la France — un réseau d’alliances encore informel, mais qui allait se concrétiser pleinement dans les années suivantes, à l’occasion d’une crise successorale en Rhénanie.
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Cette crise rhénane annoncée éclata dès 1609. Le 25 mars, la mort de Jean-Guillaume, duc de Clèves et de Juliers, sans héritier direct, éteignit la branche aînée de la Marck et ouvrit une succession aussitôt disputée : deux prétendants protestants, l’électeur Jean-Sigismond de Brandebourg et Philippe-Louis de Neubourg-Palatinat, se heurtaient à la candidature catholique de Charles de Habsbourg, cousin de l’empereur Rodolphe II. L’enjeu dépassait de loin la simple querelle dynastique : ce territoire du Rhin inférieur, à proximité immédiate des Provinces-Unies et des Pays-Bas espagnols alors en guerre, revêtait une importance stratégique considérable. En juillet 1609, Rodolphe II fit occuper Juliers, provoquant la crise ouverte. Henri IV, déterminé à empêcher la mainmise des Habsbourg sur la région, s’allia aux princes protestants allemands de l’Union évangélique contre Madrid et Vienne. Un motif plus personnel vint encore attiser sa détermination : la même année, le prince de Condé, jaloux de l’infatuation du roi pour son épouse Charlotte de Montmorency, s’était enfui avec elle à Bruxelles, sous la protection de l’infante Isabelle — épisode qui envenima davantage encore les relations entre Paris et les Pays-Bas espagnols.
Au début de 1610, Henri IV rassembla en Champagne, à Châlons et Mézières, une armée considérable de 32 000 fantassins, 5 000 cavaliers et cent canons, prête à marcher vers la Meuse contre les forces impériales et espagnoles. Le départ de la campagne fut fixé au 17 mai. Conscient des risques d’une telle absence prolongée, le roi voulut assurer la continuité du pouvoir en cas de besoin : le 13 mai 1610, en la basilique de Saint-Denis, Marie de Médicis fut solennellement couronnée reine de France, cérémonie destinée à conférer à la régente potentielle une légitimité renforcée.
Le Couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis : Peter Paul Rubens, Public domain, via Wikimedia Commons
Le lendemain de ce couronnement, alors que tout semblait prêt pour la guerre, l’histoire bascula. Le 14 mai 1610, vers seize heures, le carrosse du roi, qui se rendait au chevet de Sully malade, se trouva bloqué rue de la Ferronnerie, à Paris, par un encombrement — une charrette de foin et un haquet chargé de tonneaux de vin manœuvraient avec difficulté et paralysaient la circulation. Dans le carrosse se trouvaient, aux côtés du roi, le duc d’Épernon, assis à sa droite immédiate, ainsi que Liancourt et Mirebeau face à eux, tandis que Lavardin, Roquelaure, Montbazon et La Force se tenaient aux portières. François Ravaillac, fanatique catholique convaincu que le roi demeurait secrètement protestant et que la campagne à venir visait en réalité le pape et les catholiques, guettait l’occasion depuis plusieurs tentatives infructueuses d’approcher le souverain ; muni d’un couteau dérobé dans une taverne, il profita de l’arrêt du carrosse pour sauter sur un rayon de roue et, passant le bras par-dessus l’épaule d’Épernon, frapper le roi de trois coups. Le second, mortel, atteignit le poumon droit et sectionna la veine cave et l’aorte. Henri IV mourut peu après son retour au Louvre.
L’Assassinat d’Henri IV : Gaspar Bouttats, Public domain, via Wikimedia Commons
Ravaillac fut jugé en dix jours et condamné le 27 mai 1610 ; il fut exécuté le jour même, place de Grève, après torture et marque au fer rouge, écartelé par quatre chevaux, ses restes brûlés et dispersés. Témoin direct du meurtre, Épernon agit sans délai : moins de deux heures après la mort du roi, il avait déjà fait déclarer par le Parlement la régence de Marie de Médicis pour son fils Louis XIII, âgé de huit ans — assurant, dans l’urgence et la stupeur, la continuité d’une monarchie que vingt et un ans de règne venaient à peine d’achever de pacifier.
Quelques années après sa mort, la mémoire du roi défunt franchit les frontières du royaume : entre 1611 et 1613, Christine de Lorraine, grande-duchesse de Toscane et parente de Marie de Médicis, commanda au peintre Frans Pourbus le Jeune un portrait posthume d’Henri IV en habits de sacre, destiné à orner le palais Pitti de Florence — hommage de la cour toscane à un souverain dont le destin tragique et le règne pacificateur avaient, en quelques années à peine, conquis une renommée bien au-delà des frontières de la France.
Henri IV en habits de sacre : Frans Pourbus le Jeune, Public domain, via Wikimedia Commons
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