Henri IV, roi de France et de Navarre : la pacification du royaume et l'édit de Nantes (1589-1610) · LA RENAISSANCE
L’assassinat d’Henri IV, le 14 mai 1610, laissait le trône à un enfant de huit ans. Dans les deux heures suivant la mort du roi, le Parlement avait proclamé la régence de Marie de Médicis — mais l’héritage politique et financier légué par vingt et un ans de règne allait se dégrader avec une rapidité surprenante au cours des quatre années suivantes, jusqu’à la majorité théorique de Louis XIII.
Peu préparée à l’exercice du pouvoir, pieuse et influençable, Marie de Médicis conserva d’abord dans son conseil la plupart des ministres d’Henri IV, au premier rang desquels Sully. Mais les désaccords s’accumulèrent rapidement, et le vieux surintendant, de plus en plus isolé face à la montée en influence des favoris italiens de la régente, démissionna en janvier 1611. Sa disparition marqua le début d’une dégradation financière rapide : le trésor de réserve accumulé à la Bastille fut peu à peu englouti par les largesses de la cour, contraignant le gouvernement à multiplier la vente d’offices et les emprunts coûteux pour combler un déficit renaissant.
Sur le plan diplomatique, la régente rompit avec la politique anti-espagnole du feu roi en négociant, dès 1612, un double mariage avec l’Espagne : celui de Louis XIII avec l’infante Anne d’Autriche, et celui de sa fille Élisabeth avec le futur Philippe IV. Ce rapprochement, célébré en 1615, scellait la paix avec les Habsbourg mais abandonnait de fait l’ambition d’équilibre européen qu’Henri IV avait poursuivie jusqu’à sa mort.
La faiblesse du pouvoir régent encouragea rapidement l’agitation des grands. Au printemps 1614, Henri II de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang et héritier présomptif tant que Louis XIII n’avait pas d’enfant, leva une armée et marcha sur Paris pour contester la conduite des affaires. Faute de forces suffisantes pour s’y opposer, la régente dut négocier : le traité de Sainte-Menehould, signé en 1614, accorda à Condé une indemnité considérable ainsi que le gouvernement du Berry, tandis que d’autres seigneurs mécontents — les ducs de Nevers et de Bouillon — obtenaient des compensations comparables. Ce précédent, où la rébellion se trouvait ouvertement récompensée, affaiblit durablement l’autorité de la régence.
Le traité prévoyait également la convocation des États généraux, réunis à Paris fin 1614 : les débats, marqués par l’opposition entre un tiers état réclamant la réduction des impôts et une noblesse défendant ses privilèges, se soldèrent par une impasse quasi totale et par la dissolution de l’assemblée en 1615, sans réforme durable. Ces États généraux devaient rester, jusqu’à la convocation de 1789, les derniers de l’histoire de la monarchie française. Louis XIII, atteignant sa majorité légale de treize ans en septembre 1614, ne prit véritablement le pouvoir qu’en 1617, après l’assassinat de Concini, favori italien de sa mère — ouvrant la voie, une décennie plus tard, à l’arrivée de Richelieu aux affaires.
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