Henri IV, roi de France et de Navarre : la pacification du royaume et l'édit de Nantes (1589-1610) · LA RENAISSANCE
La paix retrouvée après 1598 permit à Henri IV d’engager, à Paris et dans plusieurs villes du royaume, un programme de grands travaux resté associé à son règne autant que ses victoires militaires. Loin du faste que Louis XIV allait déployer un demi-siècle plus tard, ce style « Henri IV » — pragmatique, sobre, résolument utile — transforma durablement le visage de la capitale.
Commencé sous Henri III en 1578 puis interrompu par les guerres de Religion, le Pont Neuf fut repris à partir de 1599 et solennellement inauguré en 1607. Long de 238 mètres et large de 20, il innovait radicalement par rapport aux ponts médiévaux en s’affranchissant de toute construction de maisons sur son tablier, offrant pour la première fois à Paris des vues dégagées sur la Seine ainsi que des trottoirs protégeant les piétons de la circulation des voitures. Ses 385 mascarons sculptés, représentant des visages grotesques, devinrent l’une des curiosités de la capitale, avant que n’y soit érigée, en 1614, quatre ans après la mort du roi, la célèbre statue équestre commandée par Marie de Médicis au sculpteur florentin Pietro Tacca.
Sur l’emplacement de l’ancien hôtel des Tournelles, détruit après la mort accidentelle d’Henri II en 1559, Henri IV fit également aménager à partir de 1605 la place Royale — actuelle place des Vosges —, premier ensemble urbain parisien conçu selon un plan d’harmonie architecturale complète : façades uniformes alternant brique et pierre, arcades abritant des boutiques, jardin central planté. Achevée en 1612, sous la régence de Marie de Médicis, elle devint aussitôt un lieu de résidence prisé de la noblesse et de la bourgeoisie fortunée, ainsi qu’un cadre privilégié pour les cérémonies et les tournois de cour.
Au Louvre, Henri IV poursuivit l’agrandissement entamé sous ses prédécesseurs en achevant la Grande Galerie longeant la Seine, qui reliait désormais le palais aux Tuileries, tandis que ses résidences favorites — Fontainebleau, où il fit aménager la cour du Cheval Blanc, et Saint-Germain-en-Laye, dotée de jardins en terrasses novateurs pour l’époque — recevaient un embellissement continu. À l’écart de la capitale, plusieurs villes nouvelles furent fondées selon des plans géométriques réguliers, telles Charleville dans les Ardennes ou Henrichemont dans le Cher, tandis que la manufacture des Gobelins, installée en 1601 sur les bords de la Bièvre, acquérait rapidement une renommée européenne pour ses tapisseries.
Ce programme architectural servait une ambition clairement politique : montrer, par la pierre autant que par les armes, le retour de la paix et de la prospérité après les destructions des guerres civiles. La peinture de cour, illustrée par l’École de Fontainebleau et par les portraits officiels destinés à diffuser l’image du souverain dans tout le royaume, participait de la même entreprise de représentation — un mécénat mesuré, à l’image du règne, qui privilégiait toujours l’utile sur le somptuaire.
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