Louis XIII et Richelieu : l'affirmation de l'absolutisme (1610-1643) · L’ANCIEN RÉGIME
Derrière le ministre tout-puissant que racontent les huit sections de ce chapitre se dissimule un homme dont la trajectoire personnelle, la personnalité et la relation intime avec Louis XIII méritent d’être éclairées pour elles-mêmes.
Né le 9 septembre 1585 à Paris dans une famille de noblesse de robe — son père fut capitaine des gardes d’Henri III —, Armand Jean du Plessis se destinait d’abord à une carrière militaire. Ce fut la mort prématurée de son frère aîné, destiné à l’évêché de Luçon, qui bouleversa cette trajectoire : pour préserver les revenus attachés à ce bénéfice familial, Armand accepta d’endosser la charge à sa place, étudia la théologie à la Sorbonne et fut consacré évêque de Luçon en 1607, à vingt-deux ans, moyennant une dispense d’âge accordée par Rome. C’est en représentant le clergé du Poitou aux états généraux de 1614 qu’il se fit remarquer pour la première fois, avant de servir, un temps, sous le ministère de Concini.
De haute taille et de complexion mince, le visage pâle aux traits fins marqué par des migraines fréquentes, Richelieu cultivait une intelligence exceptionnelle doublée d’une volonté inflexible ; sa froideur calculatrice, qui laissait peu transparaître ses émotions, contrastait avec une loyauté sans faille envers l’État et le roi. Sa relation avec Louis XIII, complexe, reposait sur un respect scrupuleux de la fonction royale : « Je soumets cette pensée comme toutes les autres à Votre Majesté », écrivait-il pour signifier qu’il ne prétendait jamais gouverner à la place du souverain. Cette déférence formelle n’empêcha pas, avec les années, l’éclosion d’une estime réciproque et sincère, dont témoigne l’éloge que Louis XIII lui-même consacra à son ministre : « Le cardinal de Richelieu est le plus grand serviteur que la France ait eu. »
Cardinal politique avant d’être un pasteur, Richelieu trouvait dans quelques passions un contrepoint à l’exercice austère du pouvoir : la littérature, qu’il pratiqua lui-même en écrivain et soutint en mécène, les arts, qu’il collectionna et fit bâtir, et jusqu’à une affection notoire pour les chats, dont il entretenait plusieurs à ses côtés. Cette part privée de l’homme d’État, restée dans l’ombre de son œuvre politique, trouva son dernier écho sur son lit de mort : interrogé sur son pardon à ses ennemis, il répondit, le 4 décembre 1642, n’avoir « point d’autres ennemis que ceux de l’État » — formule qui résume, mieux qu’aucune autre, le principe qui avait gouverné toute sa carrière.